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La crèche marxiste de Patrick Besson

Avec «Les Lâches et les autres», il propose le livre le plus drôle de l’année. Courageux et profond aussi.

Patrick Besson photographié à Paris en octobre 2017. Photo : Philippe Lacoche.

Il doit s’agir, sans aucun doute, de l’un des livres les plus drôles de l’année 2020. Si ce n’est le plus drôle. Le plus courageux et le plus profond aussi. Avec Les Lâches et les autres, Patrick Besson a fait fort. Très fort. Ce n’est pas étonnant au fond. Ses lecteurs – ses fans, devrait-on dire car fans il possède; nombreux sont les lecteurs issus de la vraie gauche qui, tous les jeudis, s’arrachent Le Point pour sa chronique – attendent ses livres comme ceux de Patrick Modiano attendent ceux du haut gaillard nobélisé, ou ceux de Simenon salivaient à l’annonce de la sortie des Maigret de l’immense romancier.

«(…) en URSS il n’y avait pas de sans-abri car tout le monde avait un toit.»

Patrick Besson

Patrick Besson n’a pas peur de grand-chose; ça fait du bien dans ce monde de brutes à petits bras, dans ce monde de… lâches. Il n’aime pas le politiquement correct, les idées reçues qu’il renvoie, direct, aux bêlants envoyeurs. Il se souvient des Desproges, Coluche, Jean Yanne, Bedos et autres francs-tireurs, et tire sur tout ce qui bouge mou comme l’eussent fait les vaillants combattants soviétiques qui mirent la pâtée aux Teutons dans les rues de Stalingrad. Initialement parues dans journaux et des news (La Revue des Deux Mondes, Égoïste, Le Point, La Marseillaise, Paris Match, etc.), ces chroniques sont un vrai régal; elles confinent au festin. Festin de bons mots, festin du style, festin de vivacité féline car il a bouffé du lion, le Patrick! Ça fuse; ça vole haut. Ça dégomme mais ce n’est jamais mesquin car c’est toujours marrant. L’élégance, c’est aussi cela. On se bidonne quand il raconte, page 33, comment, à la faveur du deux centième anniversaire de la naissance du petit Karl (5 mai 1818), il rassemble autour du «berceau de paille du divin enfant, les figurines de Joseph Hegel, le père ou plutôt le beau-père du fondateur de notre croyance, et Marie Gouze, dite Olympe de Gouges, la féministe engrossée par un certain nombre d’esprits saints: Diogène, Spinoza, Rousseau.» Un peu plus loin, il rappelle à juste titre qu’il serait nécessaire de se souvenir qu’au moins «en URSS il n’y avait pas de sans-abri car tout le monde avait un toit, même si le moi n’était guère autorisé (…) On divorçait en une seule journée. Un employeur ne pouvait pas vous renvoyer sans vous avoir trouvé un nouvel emploi.»

On est en droit de se réjouir de telles paroles en cette époque de bobos moralisateurs, ultralibéraux et trottinetteux qui, depuis des années, ne cessent de cracher à la gueule du communisme et du peuple.

Et du populisme. C’est beau, pourtant, le populisme. Aussi beau qu’un Gilet jaune. «La bourgeoisie et son armée de troufions médiatiques, bien nourris dans les déjeuners en ville, ont déniché un nouveau mot pour déconsidérer le peuple et ses luttes: le populisme (…) qui serait une survivance du fascisme avec un reste de nazisme et une goutte de communisme.» C’est tellement vrai. Aussi vrai que «les visages haineux des clientes de magasins bio». Besson balance; ça fait un bien fou.

PHILIPPE LACOCHE

Les Lâches et les autres, Patrick Besson; Robert Laffont; coll. Mauvais esprit; 154 p.; 19 €.

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Copines et copains Les Dessous chics Littérature

Confiné au jardin : lait de chaux et boules de sucre

Tio Guy en train de peindre son cerisier. (Photos : Philippe Lacoche.)

Il fait très beau, ce jour-là. Le jardinier confiné se rend sur la terrasse, contemple son jardin d’un œil de propriétaire terrien, manière de possédant russe époque Tolstoï, bien avant les kolkhozes. (Le confiné a toujours détenu des références étranges, vieillottes, engagées, certes, mais d’antan, voire réactionnaires pour certains esprits modernes; il connaît mal l’existence de la Russie; pour lui, n’existe que la bien-aimée Union soviétique qu’il vénère car elle a mis la pâtée aux Teutons à Stalingrad.) Son regard se détourne sur la gauche. Et là, que voit-il? Incroyable! Son voisin Tio Guy était en train de peindre le gros tronc de son cerisier.

Canon de 75

Le confiné recule comme un canon de 75, en octobre 1914, au cours de la bataille d’Armentières. «Mais qu’est-ce qu’il fabrique?», se demande le jardinier, interloqué. «Il y a quinze jours, il exposait un radiateur sur sa pelouse comme l’eût fait Marcel Duchamp avec son célèbre urinoir. Aujourd’hui, il peint son cerisier…» Le jardinier s’inquiète. Il apprécie beaucoup son voisin; il commence à s’inquiéter. «Son bel esprit pragmatique ne serait-il pas chamboulé par le confinement?», s’interroge-t-il encore. Il est vrai que l’histoire du radiateur l’avait laissé sur sa faim. En tout cas, les explications que lui avait fournies Tio Guy. D’abord, il avait répondu qu’il était en train de l’exposer, son sacré radiateur, transformant son impeccable pelouse en galerie d’art. Puis, il s’était ravisé et avait expliqué qu’il bricolait, qu’il avait démonté cette foutue bête à chaleur et, ne sachant pas où la mettre, il l’avait déposée sur son gazon. «Tout ça n’est pas clair», rumine encore le confiné. «Rien ne me dit qu’il ne voulait pas réchauffer sa pelouse afin qu’elle poussât plus vite.» Il s’accroupit afin de ne pas être aperçu. Il observe encore. Tio Guy en met un coup. Après s’être pris pour Duchamp, se prendrait-il pour Picabia ou Picasso? N’en pouvant plus, dévoré par l’inquiétude et la curiosité, il interpelle Tio: «Mais que fais-tu donc, voisin?» «Je ne fais que chauler, tête de confiné!», lui répond Tio Guy, étonné de la question. «Ne savais-tu pas que le lait de chaux appliqué sur les troncs permet de détruire champignons et larves des parasites? Grâce à ça, mes cerises sont de vraies boules de sucre…» Le confiné se souvint alors de Babette et de sa famille escargots, et se dit: «Sous peu, je sens que je vais adopter des larveset que je vais faire une omelette.»

PHILIPPE LACOCHE

Pinceau à la main, Tio Guy en met un coup!
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Alain Paucard: c’est pour tout ça qu’on l’aime…

     «Grenadier-voltigeur»: un roman vif et très français d’un romancier qui l’est tout autant.

Alain Paucard n’aime pas que les bons vins; il s’intéresse aussi à la vie des soldats. PHoto : Philippe Lacoche.

Il se présente au téléphone et dans la vie: «Paucard de Paris! Bonjour!» Il est drôle, vif, direct et franc comme un verre de Chinon, membre du Club des Ronchons, cher au regretté Jean Dutourd. Il aime le vieux rock’n’roll, son Paris, la France, les femmes, la littérature, et le bon vin. Mais pas que. Non, Alain Paucard n’est pas que ça: c’est un sacré écrivain. Auteur d’une trentaine de livres (romans, essais, pamphlets, pièce de théâtre, etc.) chez les meilleurs éditeurs (Le Dilettante, L’Âge d’Homme, Robert Laffont, Le Rocher, Flammarion, etc.), Paucard a son franc-parler et n’a pas la langue dans sa poche; c’est aussi pour ça qu’on l’aime.

«(…)ses trois couleurs bleu, blanc, rouge et, dans le blanc la fleur de lys avec la faucille et le marteau.»

D’une fidélité rare en amitié, il se méfie comme de la peste de la modernité (cette qualité imbécile pour crétins vite démodés), voue un culte à son pays, déteste l’architecture moderne et la bien-pensance le fait éternuer. Il garde un agréable souvenir du général de Gaulle et se souvient de l’indéniable courage des braves soldats de l’armée soviétique qui mirent la pâtée aux Teutons à Stalingrad. On est en droit de ne pas lui donner tort. En ces temps de pensée unique, Paucard a tout pour plaire; c’est encore pour ça qu’on l’adore. Cette fois, à l’instar d’un Blaise Cendrars, d’un Georges Blond, d’un Roland Dorgelès ou d’un Pierre Mac Orlan, il s’intéresse de très près à la vie des soldats à qui – il ne s’en cache pas – il a toujours voué une puissante admiration. Ici, ce n’est pas n’importe quel soldat qu’il a en ligne de mire: le grenadier-voltigeur, c’est-à-dire un fantassin rompu aux combats de première ligne. Aux durs affrontements; à l’avant toute!

L’action de son roman se déroule en 2024 dans un village perdu de Bourgogne. Un jeune lieutenant Cyrille, militaire courageux et parfois étrange, a pour mission de tenir ce bled menacé dans le cadre de la Grande Guerre Intercommunautaire (GGI). Il est à la tête quelques combattants dépenaillés et sous-équipés. Ils surveillent un ennemi qui n’est jamais désigné mais on se doute que celui-ci doit être intégriste, fanatique ou fasciste, ce qui, en fin de compte, revient au même. Cyrille et sa petite bande se souviennent de la terrible bataille de Melun (qui est un peu leur Verdun ou leur Chemin des Dames) et se battent au nom de notre chère France et de sa République, une et indivisible. Bientôt, le haut commandement lui envoie un joli brin de fille: le sergent Christiane.

Ils s’observent un peu; Cyrille se demande ce qu’elle lui veut. Si elle vient là pour lui filer un coup de main, ou, au contraire, pour l’espionner.

Mené tambour (major) battant, ce roman, parfaitement construit (les chapitres, qui portent pour titre les prénoms des combattants, exposent les différents points de vue et contribuent à faire progresser la narration), recèle aussi une sacrée dose d’humour, et de fort jolis symboles politiques: «Soudain, au bout du rang, je le vois, leur fanion, bien plus présentable que le nôtre, avec ses trois couleurs bleu, blanc, rouge et, dans le blanc la fleur de lys avec la faucille et le marteau. Je le salue, et, emporté par un élan patriotique qui sort de moi sans préavis, je le baise.» C’est ce qu’on appelle une nation réconciliée autour de valeurs sûres et souveraines.

On se croirait chez Jacques Perret, le vieux monarchiste résistant qui adorait ses camarades communistes du maquis, ou dans La main coupée de l’inimitable Blaise Cendrars. Mais non, on chez Paucard, Paucard de Paris. Et c’est pour tout ça qu’on l’aime.

PHILIPPE LACOCHE

Grenadier-voltigeur, Alain Paucard;

France Univers; 146 p.; 22€.

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More au champ d’honneur d’un automne trop doux

 

Annouchka de Andrade, directrice du Festival-film d’Amiens, en compagnie d’ Emmanuel Archier, stagiaire en communication. Octobre 2018. Photo : Philippe Lacoche.

Avec un prénom pareil, comment ne pas courir vers Côté jardin, le bar-restaurant situé dans les locaux de la Maison de la culture d’Amiens, afin de la rencontrer? Annouchka de Andrade est, depuis 2017, la directrice du Festival international du film d’Amiens (Fifam). C’était un magnifique après-midi d’automne, doux et tendre tel une figue fraîche et portugaise, comme seul le réchauffement climatique, dans sa bonté hypocrite et douceâtre, sait nous en offrir. Il était 16h15. J’avais initialement rendez-vous avec Annouchka à 15h45 mais, afin de rendre quelques menus services à la Marquise et lui adoucir la vie (don de fruits de mon jardin – succulentes pommes acidulées et nachis au goût de miel – et d’un petit fagot confectionné par mes soins avec les coupes de l’immense cerisier de mes voisins Béa et Guy), je proposais à la directrice du Fifam de différer. Elle accepta de bonne grâce. Elle m’accueillit, courtoise et bienveillante, en compagnie d’Emmanuel Archier, stagiaire en communication. D’emblée, je ne pus résister au plaisir de la féliciter pour son charmant prénom. Et, en bon marxiste, en remis une couche sur la dette immense que nous, Européens, avons à l’endroit des vaillants soldats soviétiques de l’Armée rouge qui, au prix d’un courage sans nom, mirent la pâtée à ces salopards de Nazis. Sans eux (et sans l’ensemble de nos amis alliés, bien sûr, mais la victoire de Stalingrad fut décisive; cela, il ne faut cesser de le rappeler), nous continuerions à être caressés par les douceurs putrides des théories hitlériennes. Annouchka est née en 1962 à Moscou, sous le règne – au Comité central du Parti communiste de l’Union soviétique – du camarade Léonid Brejnev. Lorsque j’étais jeune, pourtant déjà fou de rock’n’roll et des plaisirs dévoyés et bourgeois des succulentes Trente glorieuses (alcool, cigarettes, filles – la Ternoise était accorte et peu farouche au cœur des seventies), je rêvais de parcourir la bien aimée URSS et ses pays satellites. Laïka, propulsée dans l’espace, m’avait fait rêver. Enfant de Tergnier, ville cheminote, terriblement ouvrière et résistante, souvent rouge au cours de son histoire politique, je cultivais, sans complexe ce curieux paradoxe de vénérer les excès débauchés et délétères des Stones (époque Their Satanic Majesties Request) et de lire avec délectation Le Manifeste du Parti communiste et Le Capital, du camarade Karl Marx. Ainsi va la vie. Lorsque Annouchka de Andrade me fit savoir de Barbet Schroeder était l’invité du festival, mon sang ne fit qu’un tour. Je revoyais des scènes de More, le film incontournable de la culture hippie. La sublime musique de Pink Floyd. J’oubliais Marx pour me revoir apprenti beatnik au lycée Henri-Martin aux côtés de mes amis Paco (Jean-François Le Guern) et du saxophoniste-flûtiste Joël Caron; les rires de cristal et si sensuels de mes petites amies (défuntes) Florence (que j’ai appelée Clara dans l’un de mes romans) et Catherine (baptisée Katia, dans ce même roman). Oui, lectrice, deux petites amies en même temps. L’époque était aussi folle que le film de Barbet Schroeder. Ce roman se nomme Des rires qui s’éteignent. Et en couverture, figure la photo d’une scène du film More. (Le héros, au lit, entouré de ses deux jeunes maîtresses.) Il n’y a pas de hasard. Eussé-je dû dire tout cela à Annouchka? Je n’étais pas là pour ça. Il faisait si beau en cet automne de réchauffement climatique. Et les seventies sont si loin. Tellement loin.

Dimanche 14 octobre 2018.

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Les coups de coeur du marquis…

                              Le Strasbourgeois qui aimait l‘Est

Un chanteur qui est aussi spécialiste de l’aviation soviétique durant la Deuxième guerre mondiale ne peut pas être totalement mauvais. C’est toujours un plaisir de favoriser un artiste qui a assez de goût et de valeurs pour promotionner les ailes soviétiques et les exploits des vaillants combattants de l’ex-URSS qui mirent la pâtée à nos bons amis d’Outre-Rhin à Stalingrad. Voilà, c’est dit. Revenons à L’Essentiel. Herbert Léonard s’adonne depuis des années à la chanson rock, gorgée de rhythm’n’blues; et là, dans le genre, il assure, le gaillard! N’oublions pas que le Strasbourgeois vient du rock’n’roll, qu’il a joué avec les Lionceaux, qu’il a repris «Somebody to Love» de Jefferson Airplane. Pour s’en convaincre, écoutez le CD 2 du présent coffret, il y balance une bonne version de «Keep on Running» et une autre de «The Letter». Du lourd! Sur le CD 1, ses tubes («Pour le plaisir», «Puissance et gloire», etc.) qui font du bien aux oreilles. Pour tout cela, Herbert mérite bien – si ce n’est déjà fait – la médaille «pilote militaire honoré de la fédération de Russie» (Заслуженный военный летчик Российской Федерации). Da. PHILIPPE LACOCHE

L’Essentiel, Herbert Léonard. Double CD. Wagram.

 

                               Le talent limpide d’un brave

Page 22: «J’habitais près de ce théâtre/ qui sentait la framboise et la poudre de riz,/ le cigare et le sucre d’orge,/ un théâtre rempli de fleurs et de chansons/ et de clairs refrains d’opérettes…» Page 89, il évoque même notre région: «Je m’en vais en Picardie,/ sur la route qui sent bon,/ manger des crêpes jolies,/ au fromage et au jambon. / Sur la route qui lézarde,/ entre Compiègne et Beauvais,/ tranquillement, je m’en vais/ manger des crêpes picardes.» Ces quelques vers frais, limpides, joyeux, presque enfantins, sont l’œuvre de Pierre Gamarra, romancier, poète, critique littéraire, dramaturge (né à Toulouse en 1919; mort à Argenteuil en 2009). Entre ces deux dernières dates, il fut un vaillant patriote, courageux résistant, homme de conviction et de valeurs (militant du Parti communiste), journaliste et talentueux écrivain dont l’œuvre fut notamment enseignée dans les écoles. Sa fille Sylvette Devienne-Gamarra, demeurant à Arsy, dans l’Oise, et l’association des Amis de Pierre-Gamarra, ont aujourd’hui la bonne éditée d’éditer ce livre à l’occasion de l’anniversaire de sa naissance (il y aura 100 ans en juillet 2019). À découvrir si ce n’est déjà fait. Ph.L.

La lune dans ton sac, Pierre Gamarra, APG. 124 p.; 12 €.

 

Une promenade singulière à Paris

Excellent livre, à la fois original, didactique, simple, facile d’accès et réellement passionnant. On peut dire que l’excellent Michel Dansel n’a pas manqué son coup. Ce Paris des curieux est une réussite. Dansel, poète, écrivain et «sociologue de l’insolite» (comme le dit joliment de lui André Monnier, professeur émérite à l’Université de Paris-Sorbonne), nous invite à découvrir un Paris singulier, merveilleux, drôle, méconnu, en tout cas, «comme vous ne le voyez jamais!» estime l’éditeur. Les chapitres sur les loges maçonniques se révèlent un parcours sans faute. Les passages sur les écrivains sont savoureux. De la belle ouvrage. On en redemande.Ph.L.

Le Paris des curieux, Michel Dansel; Larousse; 319 p.; 15,95 €.

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Littérature

Couderc et Cuba dans l’actualité

Frédéric Couderc, dernièrement, au Salon du livre de Creil.
Frédéric Couderc, dernièrement, au Salon du livre de Creil.

L’ancien grand reporter propose un roman somptueux et bien ficelé. À ne pas manquer.

Avec son – excellent! – dernier roman, étrangement intitulé Le jour se lève et ce n’est pas le tien, Frédéric Couderc (qui vit entre le Cap et Paris; ancien grand reporter, il se consacre à l’écriture, enseigne au Labo des histoires, et son roman, Un été blanc et noir, sorti en 2013, s’est vu couronner par le prix du Roman populaire que vient de se voir attribuer notre ami, le très picard Jacques Béal, ancien grand reporter au Courrier picard) se retrouve en pleine actualité.

L’excellent Raùl – le plus communiste, l’homme si proche de Moscou, c’est lui, le vrai bolchevique, c’est toujours lui – félicite le gros blond à la coiffure de perruche.

Avec l’élection de Trump, il n’en est que plus éclairant. En effet, l’histoire de ce livre est ancrée à Cuba. De La Havane en 1959, à La Havane en 2009. On s’en doute, les personnages, bien réels, ont pour noms Fidel et Raùl Castro, le Ché, Batista, mais aussi et surtout Camilo Cienfuegos (1932-1959). Il y a quelques jours Ronald Trump était élu. Première réaction: l’excellent Raùl – le plus communiste, l’homme si proche de Moscou, c’est lui, le vrai bolchevique, c’est toujours lui – félicite le gros blond à la coiffure de perruche. (Il n’a pas attendu les troskards pour être malin, voire prudent, un tantinet sournois; sans ces qualités, point de vraie révolution possible.) Seconde réaction: le gouvernement de Raùl Castro a annoncé dans la presse d’État la tenue, «la semaine prochaine, d’exercices militaires «stratégiques» à l’échelle nationale visant à faire face à une éventuelle invasion, sans toutefois faire explicitement le lien avec l’élection de Donald Trump», comme le souligne sur internet le site 24 heures. Génial: on dirait Staline à l’aube de la salvatrice bataille de Stalingrad. (Pour mémoire, ces manœuvres avaient été mises en place pour la première fois au moment de l’élection du républicain Ronald Reagan en 1980. Les derniers exercices de ce type s’étaient tenus en 2013.) Ce livre, taillé au cordeau (rien ne dépasse), efficace, très cinématographique (on sent que l’auteur Frédéric Couderc a dû suivre d’excellents ateliers d’écriture, américains très certainement), raconte les pérégrinations de Leonard Parker, un obstétricien new-yorkais, sympa, très bobo, fraternel, un bon mec; son obsession: éclaircir «le brouillard de ses origines». Car, là, ce n’est pas triste. Il se demande d’abord pourquoi sa mère, Dora, a tenu à se faire enterrer au cimetière d’Union City, coin des Cubains exilés. Il mène l’enquête, plonge dans le passé. Il tombe sur la folle histoire d’amour qu’entretirent Dolores, héritière d’une fortune gagnée grâce au dicateur Batista, et Camilo Cienfuegos, guérillero au courage inouï, compagnon de Fidel. Et comment ne pas aimer un roman dans lequel passent Clash, Marisa Berenson et le regretté Alan Wilson, chanteur-harmoniciste du divin Canned Heat. Un livre passionnant.

PHILIPPE LACOCHE

Le jour se lève et ce n’est pas le tien, Frédéric Couderc; éd. Héloïse d’Ormesson; 367 p.:; 20 €.

 

 

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Dessous chics

Retraite, âme slave et combats d’acier

 Chaleureuse cérémonie, l’autre soir, dans les locaux historiques de la Direction régionale des affaires culturelle de Picardie (DRAC), à Amiens. Deux conseillers, Dominique Baillon-Lalande (Livre et lecture), Philippe Béra (arts plastiques), et Daniel Ledoux, ingénieur du Patrimoine à la conservation des monuments historiques, faisaient savoir, à l’aide d’un excellent champagne du sud de l’Aisne (de Charly-sur-Marne, si mes souvenir son bons ; du côté de Charly, en des temps antédiluviens, alors que je jouais dans un groupe de bal pour arrondir mes fins –faims ?- de mois, j’avais été embarqué dans la 2 CV d’une adorable vieille dame d’au moins 28 ans – j’en avais 17 – qui avait succombé à ma fougue juvénile sensuelle. Un très bon moment, mais cela est une autre histoire) qu’ils partaient en retraite. Il y avait là toute la culture de Picardie. Les petits fours à base de crevette étaient succulents. J’ai pris Dominique et Philippe dans mes bras. Et j’ai fait la connaissance de  Daniel Ledoux qui présente un sérieux avantage : il est originaire de l’Aisne, le plus beau département de France. J’avais envie de lui raconter de ma balade en 2 CV, en 1972, mais comme cela n’avait aucun rapport, je me suis abstenu. Autre beau moment : la pièce Oblomov, d’Ivan Alexandrovitch Gontcharov avec la troupe de la Comédie française (dont le sublime Guillaume Gallienne dans le rôle du personnage éponyme). J’ai adoré l’écriture, l’âme et la mélancolie slaves, l’humour totalement foutraque, l’énergie fantasque de l’âme slave. Et je me disais qu’il était bien normal qu’à Stalingrad nos amis de la grande Armée rouge eussent fichu une sacrée raclée aux Teutons ennazillonnés jusqu’au fin fond de leurs culottes de peau. Ce qui nous permis de ne pas vivre aujourd’hui sous la botte allemande. (Même si aujourd’hui, ils se rattrapent avec l’Europe, mais ceci, tout comme ma vieille copine de 28 ans de Charly-sur-Marne, n’a aucun rapport.) J’étais tellement pris par la pièce qu’à la fin du premier acte, je me suis levé pour partir. Heureusement, mon rédacteur en chef, David Guévart, qui était juste derrière moi, m’a retenu par la manche en me signifiant que ce n’était que l’entracte. Mais où donc avais-je la tête ? A Stalingrad ? A Charly

De gauche à droite : Philippe Béra, Daniel Ledoux et Dominique Baillon-Lalande, au cours de la cérémonie de leurs départs en retraite, dans les locaux de la DRAC Picardie, rue Daussy, à Amiens.
De gauche à droite : Philippe Béra, Daniel Ledoux et Dominique Baillon-Lalande, au cours de la cérémonie de leurs départs en retraite, dans les locaux de la DRAC Picardie, rue Daussy, à Amiens.

?  Va savoir, lectrice ! Au chapitre des dons, j’ai reçu avec un vif plaisir le dernier recueil de poème de Jean Detrémont, Table des précipices, bataille toute tombe, magnifique objet recouvert d’une couverture de velours noir (signée Narine Krotz). Et le photographe Jean-Marie Faucillon m’a fait cadeau d’un livre passionnant : A.L.B. 1952, Solidarité d’acier, un récit de Roger Roucoux, publié par l’Institut d’histoire sociale de l’Aisne (03 23 62 31 17 ; ihs-cgt01@wanadoo.fr) sur les grandes grèves ouvrières aux aciéries et laminoirs de Beautor, dans l’Aisne, du 12 février au 10 mars 1952. Poing (levé) à la ligne.

                                                                Dimanche 9 novembre 2014

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Littérature Non classé

Allô! Paucard de Paris, j’écoute…

 Lorsqu’il décroche son téléphone, il se présente en ces termes: «Allô! Paucard de Paris, j’écoute…» Il annonce la couleur, l’Alain. Plus Parisien? Impossible? Plus Français? Encore plus impossible. Celui qui anima pendant des années, le Club des Ronchons, notamment en compagnie de Jean Dutourd, aime son pays par-dessus tout.I l l’adule. Ce qui – ça peut paraître paradoxal – ne le conduit jamais vers un chauvinisme de bas étage. Ceux qui ont eu le bonheur de l’entendre chanter du vieux rock’n’roll et en particulier les adorables bluettes d’Elvis Presley comprendront que sa culture sait aller puiser chez nos bons amis alliés d’Outre-Atlantique; il sait aussi exhiber un magnifique tee-shirt à l’effigie de Staline, l’homme qui mit la pâtée aux Teutons dans les paysages enneigés de Stalingrad. Pas étonnant qu’un tel homme sorte ce petit livre aujourd’hui: Marie-Jeanne, Une vie française. Marie-Jeanne Roux, née Pierre, en 1900, dans le Morvan, décédée en1968, n’est autre que sa grand-mère. Une femme d’avant dans un monde d’avant. Dans la France «telle qu’on l’aime», eût dit Kléber Haedens. Un excellent bouquin par un écrivain de grand talent.

PHILIPPE LACOCHE

Marie-Jeanne, Une vie française, Alphée, 78 pages, 10 euros.