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Bulles Picardes Presse & Médias

Des bandes dessinées à lire dans la presse cet été

Il y eut des périodes plus fastes. Et un engouement estival plus massif de la presse pour la bande dessinée. Néanmoins, certains titres continuent de proposer des planches cet été.

Damien Cuvillier assure le dessin, sur ce diptyque qui vient prolonger “La Guerre des Lulus”.

Le Courrier picard, déjà, qui poursuit donc son compagnonnage amical avec les éditions Casterman et les “Lulus” picards de Régis Hautière et Damien Cuvillier. Vus cet été dans une nouvelle perspective.

Toujours en PQR (sans prétention d’exhaustivité), Sud Ouest – l’un des titres qui consacre, chaque dimanche tout au long de l’année, une des rubriques les plus conséquentes à la BD – propose une page quotidienne de Zéropédia, l’encyclopédie humoristico-scientifique de Fabcaro et Julien Solé. Et à l’autre bout de la France, la Voix du nord offre de son côté une planche par jour des Premières fois, des éditions Bamboo (que, personnellement, on apprécie très moyennement, mais cela reste forcément subjectif).

Moi ce que j’aime, c’est les monstres, le roman graphique d’Emil Ferris.

Dans les quotidiens nationaux (parisiens, en clair), seul Libération reste fidèle à la tradition et à son heureuse habitude de proposer une découverte d’avant-garde en avant-première. En l’occurrence cette fois les premières planches du gros roman graphique Moi, ce que j’aime, c’est les monstres de l’Américaine Emil Ferris, à paraître fin août aux éditions Monsieur Toussaint Louverture.

Le Monde, de son côté, réalise une jolie opération, en dévoilant les planches du très attendu nouvel album d’Emile Bravo, sur la jeunesse de Spirou (la suite du Journal d’un ingénu, Spirou ou l’espoir). Mais c’est uniquement sur son site web.
Enfin, côté hebdos, le Figaro magazine fait dans le “classique” revisité, en proposant le nouvel album des aventures d’Alix, signé Giorgio Albertini et David B.
Et l’Humanité dimanche propose à ses lecteurs la suite du très bon Le Suaire, le récit politico-historique de Gérard Mordillat, Jérôme Prieur et Éric Liberge.

 

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Littérature Non classé

Un coup de coeur du marquis

 BEAU LIVRE

Le Périgord vu du ciel

Pierre Carbonnier enseigna longtemps – avec un talent fraternel et éclairant – le français au lycée Henri-Martin, à Saint-Quentin. Ses élèves gardent de lui de bons souvenirs. Aujourd’hui retraité, il est retourné dans son Sud-Ouest natal (né à Brive, en Corrèze, il vit à Limoges). Passionné de littérature, de patrimoine et d’oenologie, il nous donne à lire un livre magnifique sur le Périgord qu’il a réalisé avec le photographe Francis Gardeur; ce dernier a réalisé ses clichés à bord d’ULM optimisés pour la prise de vue aérienne. L’ouvrage est réussi. Pierre Carbonnier y dévoile, d’une plume précise et alerte, sa passion pour ce

Pierre Carbonnier et Francis Gardeur viennent de sortir un très beau livre sur le Périgord vu du ciel.
Pierre Carbonnier et Francis Gardeur viennent de sortir un très beau livre sur le Périgord vu du ciel.

pays si attachant, rappelant dans la préface, que de ce département, la Dordogne, Henry Miller disait qu’il survivrait, même su la France devait, un jour, cesser d’exister. Un bel hommage de deux passionnés. Ph.L.

Le Périgord photographié du ciel, Pierre Carbonnier et Francis Gardeur, Geste éditions; 250 p.; 29,90 €.

 

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Littérature

  Le lait noir de la douleur et de la souffrance animale

   Avec ses mots de poète, Christian Laborde s’attaque à la Ferme des mille vaches, et flingue le capitalisme et l’agrobusiness. Ça fait un bien fou!

On est en droit de penser ce que l’on veut de la Ferme des mille vaches, de Drucat-le-Plessiel, près d’Abbeville. On est en droit aussi de la remercier d’exister car elle a donné l’occasion à Christian Laborde d’écrire ce succulent petit livre. Un savoureux pamphlet dans lequel il exprime toute sa bouillante et ensoleillée colère, colère solaire, solaire colère, contre cette manière de boîte hermétique et capitaliste qui enferme 750 génisses qui ne demandaient strictement rien

L'excellent Christian Laborde s'en prend à la Ferme des mille vaches, cette indéfendable invention du capitalisme et de l'agrobusiness. Tous avec lui! Il a raison. On aimerait bien qu'il fasse une tournée de dédicaces en Picardie. Nous sommes tous des vaches!
L’excellent Christian Laborde s’en prend à la Ferme des mille vaches, cette indéfendable invention du capitalisme et de l’agrobusiness. Tous avec lui! Il a raison. On aimerait bien qu’il fasse une tournée de dédicaces en Picardie. Nous sommes tous des vaches!

à personne, si ce n’est de pouvoir brouter en paix l’herbe grasse de cette presque baie de Somme. Engagé pour la protection des animaux, notamment de l’ours des Pyrénées, farouchement opposé à la tauromachie (Corrida, basta ! Robert Laffont 2009), Christian Laborde (qui fut l’un des nouvellistes d’été du Courrier picard) défend cette fois la cause des vaches : « La cause des vaches est un pamphlet contre l’agrobusiness et, en même temps, un poème célébrant le bel et paisible animal qu’est la vache », écrit-il dans le prière d’insérer. « C’est aussi un conte qui s’ouvrirait ainsi : « Il était une fois une ferme horrible dans laquelle des vaches étaient emprisonnées. » Et ce conte se terminerait – c’est le dernier chapitre – par « La révolte des vaches ». Mais, c’est aussi le texte d’une fidélité à l’enfant que j’ai été, heureux de vivre dans le voisinage des vaches. » Et un peu plus loin, il explique qu’aujourd’hui, « dans notre cher et vieux pays, les gros bonnets de l’agrobusiness s’acharnent sur les vaches et leur font subir un véritable calvaire. En Picardie, 1000 d’entre elles vivent incarcérées dans une ferme usine, reliées à une trayeuse et à un méthaniseur qui transforme leurs bouses en électricité. Chez ces gens-là, la vache n’est plus un animal, juste une machine à lait, à viande, à watts. » Christian Laborde n’est pas qu’un brillant pamphlétaire, un hussard du Sud-Ouest, fou de Nougaro ; c’est aussi et surtout un poète. Et c’est bien connu, pour la société bien pensante, arrogante, bourgeoise, productiviste, le poète-écrivain est dangereux. Souvenez de Villon, de Restif de La Bretonne et de quelques autres. Ses mots claquent, fusent. Il ne convainc pas grâce à quelque idéologie ; il convainc avec ses émotions et ses mots. Il parle du « lait de la douleur ». « Le lait de la vache que l’on trait sans arrêt. Le lait de la vache que l’on sépare de son petit dès qu’il est né. Le lait de la vache que l’on tue parce qu’elle tente de s’enfuir pour le retrouver. Ils veulent nourrir la planète avec un lait qui nous reste un peu sur l’estomac. » Après avoir évoqué les maladies que contractent souvent les pauvres bêtes qui subissent ce système d’élevage (mammites – infection des pis –, boiteries sévères, problèmes digestifs, etc.) il rappelle que cette belle invention des fermes usine nous vient d’Allemagne. Il ne nous reste plus qu’à nous souvenir de la charmante Marguerite de Fernandel dans La vache et le prisonnier, est la boucle est bouclée. Elle est bien triste cette société capitaliste qui martyrise ses Marguerites.

                                                PHILIPPE LACOCHE

 

La cause des vaches, Christian Laborde, éditions du Rocher ; 143 p. ; 15 €.

 

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Copines et copains Non classé

Magnifique article de Thomas Morales sur le recueil Les Dessous chics

Chères lectrices…

Thomas Morales, auteur du superbe article sur le livre Les Dessous chics, édité par La Thébaïde en partenariat avec Le Courrier picard
Thomas Morales, auteur du superbe article sur le livre Les Dessous chics, édité par La Thébaïde en partenariat avec Le Courrier picard

Les Chroniques picardes de Lacoche réunies

J’aime les écrivains de la pénombre, les crooners de province qui, chaque semaine, susurrent des mots tendres sur le ton de la confidence et de la bravade. L’exception française se niche dans cette relation fragile, essentielle, vitale entre celui qui écrit et celui qui lit. Deux solitudes éclairées par les mystères de la littérature. Depuis François Villon, la ballade est entendue ! Philippe Lacoche, hussard rouge de la lignée Roger Vailland/Jacques-Francis Rolland, tient une chronique régulière, « Les Dessous chics », dans le Courrier Picard où il exhale sa mélancolie cheminote, sa hargne rock et sa fibre aristo. Les Editions La Thébaïde ont réuni, pour la première fois, les exquis billets d’humeur de ce marquis vagabond sur la période 2005-2010. Enfermées dans leur HLM ou leur belle demeure, ses chères lectrices de la Somme, de l’Oise et de l’Aisne comme il les appelle, attendent, lascives, sa missive pleine de larmes, pleine de charme. Elles l’implorent même de les déshabiller d’une formule, oui mais pas trop vite, avec la langueur vespérale du Cardinal de Bernis. Cet enfant triste, héritier de Vialatte et Calet ne cache pas son dépit amoureux. Il a lu jusqu’au calice les réprouvés, ceux que l’Université et les médias méprisent depuis cinquante années. Chaque jour, il s’éloigne de notre époque qui fait la part belle aux imposteurs et aux falsificateurs. Un monde où le flirt et la littérature ne suffisent plus aux honnêtes hommes, n’a pas d’avenir raisonnable. Lacoche, pêcheur impénitent de chevesnes, se réfugie dans ses rêveries d’adolescents, se souvient de la silhouette d’une fillette à couettes, d’un roman de Kléber Haedens ou d’un film de Maurice Biraud. Il entretient la flamme d’une conversation imaginaire au fil de l’eau. Il évoque, à toutes les saisons de la vie, ses coups de cœur pour des groupes bruyants, des auteurs sensibles et des créatures évanescentes surgies de la brume picarde. Ce journaliste est un poète du quotidien qui sait extraire des terres ouvrières, des splendeurs de nostalgie. Ses émotions simples, les plus délicates à écrire, germent dans votre esprit. On ne se lasse pas de le suivre au gré de ses rencontres buissonnières, interviews dans la Capitale de quelques célébrités, virées nocturnes et expositions locales. Ce styliste élégant nous entraîne sur un chemin sentimental, improbable sentier où l’on croise aussi bien les Forbans, Yann Moix, Hervé Vilard, Jack Ralite, Patrick Eudeline que Michel Déon. Comment résister à la fragilité de quelqu’un qui crie « la littérature me rend fou » ? Nous avons trouvé-là un frère de papier. C’est la noblesse de la presse écrite régionale que d’ouvrir (encore) ses colonnes à quelques seigneurs de la plume. Partout en France, il existe de preux chevaliers, souvent incompris et moqués, qui ferraillent dans leur rédaction pour qu’un écrivain oublié lu jusqu’au petit matin ne tombe dans l’oubli. Ces résistants courent d’immenses risques professionnels car ils ne pissent pas de la copie, ils embellissent nos week-ends par quelques traits d’esprit. A Paris, trop souvent, les journalistes manquent de jus. Ils ont la prose sèche, le verbe claudiquant et la métaphore bancale. Gérard Guégan à Sud-Ouest, Christian Laborde à La Nouvelle République des Pyrénées ou Christian Authier dans l’Opinion Indépendante de Toulouse sont les derniers défenseurs d’un art d’écrire à la française. Pour les âmes sensibles, les caractères d’imprimerie n’ont pas perdu leur mystique. Philippe Lacoche, marquis d’ascendance communarde, chaussé de Doc Martens et roulant carrosse en Peugeot 206 possède la foi des premiers croisés. Ces textes d’une ferveur touchante nous accompagnent longtemps.

Thomas Morales

Les Dessous chics de Philippe Lacoche – Editions La Thébaïde –