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Mon enfance repose sous la neige

    Mon ami Yann Moix m’a demandé, il y a peu, si je souhaitais collaborer à Année Zéro, la revue qu’il est en train de lancer. J’ai bien sûr accepté avec beaucoup de plaisir. Le premier numéro sera consacré à l’un de ses écrivains préférés: André Gide. Je ne suis pas un spécialiste d’André Gide. Tant s’en faut. En revanche, je me suis souvenu qu’adolescent, en classe de cinquième ou de quatrième, j’avais lu avec beaucoup de plaisir La Symphonie pastorale. Notre professeur de français (Mlle Mon voisin ou Mme Dupré; je ne sais plus) avait dû l’inscrire au programme. Comme je le raconte dans le court récit que j’ai soumis à Yann, dès que je mis mon museau de jeune adolescent dans ce roman, j’éprouvais l’impression de fouler un terrain conquis. Un effort de mémoire me ramena une petite dizaine d’années en arrière. J’étais enfant; je devais voir quatre ou cinq ans. Instituteurs à Marizelle, hameau de Bichancourt (Aisne), mes tante et oncle, Paulette et Pierrot, nous avaient invités, mes parents, ma sœur et moi, à déjeuner. C’était l’automne ou le début de l’hiver. Entre deux bouchées, Pierrot ne cessait de tirer sur la Gitane maïs qu’il ne quittait jamais. Après le repas, il nous invita à le suivre afin d’admirer ses Géants des Flandres, des lapins phénoménaux, à la robe rousse et fauve, avec lesquels il raflait tous les concours régionaux. Habituellement, la visite à Marizelle donnait lieu à une traditionnelle partie de pétanque; la saison ne s’y prêtait guère. Alors, vers 16h45, nous nous rassemblâmes dans le salon où, sur une table haute, trônait un énorme poste de télévision. Pierrot l’alluma afin que nous assistassions à la diffusion du film de 5 heures. À l’époque, je n’avais pas retenu le titre de l’œuvre; le nom de son auteur non plus. Je n’en étais pas moins fasciné par les paysages recouverts de neige épaisse, presque gluante et par ce chalet encerclé par une tempête immaculée. Toute cette blancheur contrastait avec la noirceur définitive, inquiétante de la nuit qui s’était abattue sur Marizelle. Et il y avait ce regard perdu, translucide, beau mais inquiétant lui aussi de Gertrude, la jeune aveugle abandonnée qu’un pasteur protestant avait pris sous sa protection pour lui éviter l’asile. Mes yeux d’enfant ne savaient pas que ce film n’était autre que La Symphonie pastorale, de Jean Delannoy, d’après le roman d’André Gide. Gertrude était interprétée par Michèle Morgan; le pasteur, par Pierre Blanchar; Jacques, le fils de ce dernier, par Jean Desailly. La littérature de l’adolescence m’avait ramené vers le cinéma télévisé de l’enfance. Quelques années plus tard, se produira presque la même chose. Serge Boulard, éclairé professeur de français dont j’eus le plaisir de bénéficier des cours en classe de troisième, nous avait invités à livre Le Grand Meaulnes, d’Alain-Fournier. Avec Tintin au Tibet (lu sur mon lit de souffrance, à l’hôpital de Chauny, à la faveur d’une opération de l’appendicite), ce fut là mon deuxième grand coup de foudre littéraire. Un coup de foudre aussi puissant que celui d’Augustin Meaulnes pour Yvonne de Galais. Ce fut au cours de l’été que je me rendis au cinéma de Tergnier, Le Casino, pour assister à la projection du film éponyme, œuvre de Jean-Gabriel Albicocco. Impression étrange. Ce long-métrage avait des relents de substances interdites et des couleurs psychédéliques. Ou, peut-être n’était-ce qu’une impression car je venais de découvrir Sgt. Pepper’s, l’album culte des Beatles, plus imbibé d’acide qu’un buvard de Jerry Garcia. Mais ceci est une autre histoire…

PHILIPPE LACOCHE

 

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Les Darons : du rock de Tergnier-sur-Rail

Les Darons : groupe rock de Tergnier.

«Ils ont quitté trop tôt l’école de la Cité pour l’université.» Au mot, Cité, la capitale C s’impose; nul doute qu’en écrivant la chanson «Eldorado», les Darons, groupe-phare de Tergnier-sur-Rail, dans l’Aisne, devaient penser très fort, non pas à une simple cité, mais bien à Quessy-Cité (dite Quessy-la-Rouge). Les Darons (Serge Anton, guitare; Jean-Philippe Chazalon, basse et chant; Hervé Poupon, batterie) ne pouvaient interpréter que du rock’n’roll. Et du vif, et du bon, et du vrai, et du pur, comme l’ont fait avant eux leurs vénérables aînés ternois (les Vizirs, Up Session, Purin, Let’s Go, Rockin’Sixteen, etc.). C’est ce qu’ils font ici en nous donnant à écouter ce CD-brûlot dans la plus grande tradition du genre. Entre pub rock et punk énervé, les Darons balancent du lourd. Bon son; bonne énergie. Et ils ont l’élégance de reprendre «Du béton sans prière», de l’inoubliable Blessed Virgins, que Jean-Philippe et sa bande avaient dû voir, en concert dans les années 1980, à la salle des fêtes de Quessy-Centre. Tout ça, ça ne s’invente pas.

Ph.L.

Eldorado. Les Darons. CD 7 titres. Contacts: manager.lesdarons@hotmail.fr. 06 26 21 14 75.

 

 

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Cette France qui jamais ne me quitte

Pierre Herbelet (leur fils) et Emilien, salarié du domaine du champagne Herbelet, à Oger, en pleine action au cours des vendanges. Photo : Philippe Lacoche.

Je n’ai pas attendu les recommandations, conséquences de cet imbécile de Coronarivus, pas plus que celles – pleines de bon sens, c’est vrai – des écologistes. De toute façon, l’avion me gave; on ne voit rien – sauf par extrême beau temps; on est serrés comme des sardines de Bretagne, à l’huile d’olive vierge extra, préparées à l’ancienne, «Saveurs de nos régions», de chez Chancerelle, 3, rue des Conserveries, 29100 Douarnenez, disponibles chez Lidl; elles sont délicieuses. (À quelques mois de la retraite, on peut se permettre de faire de la pub dans une chronique dominicale; on sait qu’on ne se fera pas virer.) Je préfère le train. Ou la voiture. Je suis comme François Mauriac: je suis un journaliste qui n’apprécie que très moyennement les voyages lointains. J’aime mon pays; j’aime la France. C’est mon côté Péguy, Bernanos, Barrès. Je l’aime passionnément. Et dès que je le peux, je file à bord de ma Dacia blanche afin de l’explorer, de la découvrir dans ses moindres recoins comme on découvre le grain velouté de la peau d’une vieille maîtresse. En compagnie de ma petite fiancée, j’ai commencé par rendre une visite à mes amis Claudette et Philippe Gonzalès, à Oger, en Champagne. Oger: la Côte des Blancs. Tout un programme! Nous fûmes accueillis comme des princes, dégustant les meilleurs crus de ce champagne blanc de blanc qui, plus d’une fois, nous tourna la tête, sans pour autant nous la dévisser. C’est là l’un des mystères de ce grand vin pétillant qu’est le champagne. Buvez deux bouteilles d’un bordeaux infesté de pesticides, le lendemain votre tête ressemble à ma bonne ville de Tergnier en 1918, après les délicatesses teutoniques. Avec le champagne, les réveils se révèlent toujours joyeux, pimpants, parfois délicatement érotiques. Je suis presque certain que les maîtresses de Pierre Choderlos de Laclos et du cardinal François-Joachim de Pierre de Bernis, devaient inviter les deux grands hommes à en consommer plus de raison afin qu’ils les honorassent jusqu’à plus soif. En tout cas, ma petite fiancée, Claudette et mon copain Philippe, nous en abusâmes. Ce dernier nous invita à entreprendre une bucolique balade en péniche sur la Marne; sur celle-ci, j’eus la joie de croiser – le hasard des croisières, fussent-elles brèves et terriblement françaises – Caroline Linant, photographe que j’avais connue au cabaret La Belle époque quand mon ex-pacsée, Lou-Mary, ma grande Didiche, y officiait avec assiduité et talent. Caroline est une charmante grande jeune femme, pleine de tact et de délicatesse. Nous discutâmes des temps anciens en contemplant les martins-pêcheurs qui se distrayaient sur les ondes céladon de la lente Marne. Claudette et Philippe nous invitâmes à les accompagner chez leurs amis vignerons, Valérie et Grégoire Herbelet qui ont repris l’exploitation familiale il y a une douzaine d’années. Ils produisent un champagne à leur nom d’une haute qualité à base d’un cépage exclusivement chardonnay. Provocateur et taquin, je fis le caprice, en pleine terre de blanc de blanc, de déguster un 100% pinot meunier. Mon vœu fut exaucé sous le regard faussement courroucé de Philippe. Et nous passâmes, un bon quart de notre séjour à nous remémorer nos bêtises de potaches du temps où nous étions lycéens à Henri-Martin, à Saint-Quentin. Puis, ma petite fiancée et moi, filâmes vers le lac de Gerardmer, vers les Vosges, si belles, si bleues. Si… françaises.

Dimanche 20 septembre 2020.

Au cours de notre croisière sur le Marne. Photo : Philippe Lacoche.
Claudette et Philippe Gonzalès. Photo : Philippe Lacoche.
Philippe Gonzalès à son bureau. Photo : Philippe Lacoche.
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La mare dit. Deux mares, une station essence

Le marquis des Dessous chics nous révèle ce que contiennent les mares des villes et villages.

Une des deux mares qui se trouvent derrière la station essence en face du magasin Super U, rue Edouard-Lucas, à Amiens (Photos : Philippe Lacoche.)
“Pêcher, c’est plonger sa main dans la sciure”, disait le chanteur-poète-nancéien CharlElie Couture (et non pas Charly Lacouture, comme s’égarait Yves Montand) quand on lui demandait ce qui lui plaisait dans ce loisir.

Un rêve d’enfant? Un rêve de pêcheur? Les deux, mon général. À la cité Roosevelt, dans les années 1960, à Tergnier (Aisne), il n’existait pour nous, enfants, adolescents, que trois loisirs: le football, courir les filles et pêcher. Pas n’importe où: dans les pattes d’oie du canal de Saint-Quentin, beau bras liquide, chargé d’eau céladon, de péniches belges et bataves (avant!) et d’histoire (s). Autant dire que, lorsque je ne suis pas en train de penser à la littérature ou au rock’n’roll, je pense à la pêche. Depuis des années, les mares des villes et des villages me font rêver. Autre raison: ma mère avait été élevée par sa grand-mère dans le petit village de Silly-le-Long (Oise). Jusqu’au cœur des sixties, existait, au cœur de cette commune, une belle mare, large, profonde qui servait à la fois d’exutoire aux eaux pluviales et à abreuver les bêtes. Cette mare recelait des histoires. Un petit Polonais s’y était noyé: au cours d’un hiver rigoureux d’avant-guerre, il avait fait du patin sur la glace. Elle s’était rompue; vous imaginez la suite… Une mare, c’est aussi ça: des histoires gaies ou tristes; des légendes; des amours évaporées sur ses rives incertaines et englouties dans la nuit des temps. Certaines, dit-on, recèlent en leurs tréfonds des poissons monstrueux.

«C’est mon côté Bacon, la beauté dans l’horreur.»

L’idée m’est donc venue d’aller y pêcher, dans ces mares, et de me faire accompagner par Raphaël Trombet, 29 ans, d’origine savoyarde, demeurant à Amiens, chargé de mission biodiversité faune au Centre permanent d’initiative à l’environnement CPIE). Paresseux de nature, j’ai donc décidé de commencer par deux mares (séparées de quelques mètres), situées en face du magasin Super U, juste derrière la petite station essence, rue Edouard-Lucas, à Amiens, à deux pas de chez moi. Lorsque je me suis renseigné auprès de mon bon copain Michel Collet, directeur de la communication d’Amiens-Métropole, il a éclaté de rire: «Mais qu’est-ce que tu vas pêcher là-dedans, marquis? Ce sont des bassins de rétention du parc de la Licorne!» Il n’avait pas tort: deux mares derrière une station-service et en bord de route, la flotte doit être dégoulinante d’hydrocarbures. Il y a plus glamour et plus bucolique comme partie de pêche. Mais bon: c’est mon côté Bacon, la beauté dans l’horreur; l’art écorché vif. Je me suis donc raccroché à l’Histoire. Archiviste de la Ville d’Amiens, Manon Fauchaux, m’a confié que dans tout le secteur (faubourg de Hem, Renancourt, etc.), les marais étaient nombreux. Mercredi dernier, équipé d’une canne à moulinet et d’une boîte de vers de terreau, j’ai donc retrouvé Raphaël sur les rives des fameuses mares. Lui, était équipé d’une épuisette (ou troubleau): «Mon but est de ramener diverses espèces sans racler le fond.» Ce qu’il a fait. Et, contrairement à moi, sa pêche était, selon ses dires, très fructueuse. Qu’on en juge. En matière de faune: il a constaté la présence de grenouille verte (adulte entendu, et têtards vus), d’alevins de perches franches (a priori; moi, je pense que ça pourrait être des épinoches), d’hydromètres, de notonectes, de corises (punaises aquatiques), de planorbes et de sangsues (mollusques). En ce qui concerne la flore: il a repéré la présence de Rubus caesius, d’Hypericum perforatum, de Typha latifolia, de Convolvulus arvensis, d’Artemisia vulgaris, de Cornus sanguinea et de Lythrum salicaria. Ouf! En tout cas, il était content comme tout, Raphaël. Un milieu naturel très intéressant, selon lui. (C’est mon copain Michel Collet qui ne va pas en revenir.) En revanche, ma canne est restée au chômage: deux touches minuscules. Aucun poisson dans ma goujonnière.Qu’importe: j’étais bien sous la pluie, à rêvasser en matant mon bouchon. Je me demandais comment il s’appelait, le petit Polonais, mort dans les eaux glacées de la mare de Silly-le-Long à la fin des années 1930. PHILIPPE LACOCHE

Raphaël Trombet, 29 an, savoyard d’origine, demeurant à Amiens, chargé de mission biodiversité faune au Centre permanent d’initiative à l’environnement (CPIE). (Photo : Philippe Lacoche.)
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Blanche Gardin ou un clin d’œil du destin

 

Le livre à propos de Blanche Gardin et le fameux ticket de cinéma. Ils sont arrivés au même moment. Photo : Philippe Lacoche.

   La qualité cardinale d’une chronique, c’est d’être juste et sincère. Suis-je juste? Je n’en sais fichtre rien; je sais en tout cas que je tente, tous les dimanches, d’être sincère. C’est la moindre des politesses, des élégances, lectrice mon amour soumise et fessue. À dire vrai, pour cette dernière chronique de la saison (je pars en vacances; mes élucubrations dominicales reprendront en septembre), je n’avais pas grand-chose à me mettre sous la plume. Coronavirus et confinement obligent, j’ai contracté de mauvaises habitudes: je sors moins; moins de concerts, moins d’expositions, moins de rencontres, moins de films (mais depuis que la directrice du Gaumont m’a sucré ma carte gratuite, je ne fréquente quasiment plus le grand hangar vermillon; en revanche, je continue d’aller au Ciné Saint-Leu et au cinéma Orson-Welles, où je suis, à chaque fois, accueilli avec chaleur). Donc, moins de choses à te faire partager, lectrice exquise, charnue comme une pêche imminemment croquée. J’avais pensé vous raconter comment j’ai brûlé ronces, broussailles et mauvaises herbes (et mes poumons par la même occasion; et ils n’ont pas besoin de ça; ils en ont bien assez avec les Marlboros Gold) dans l’incinérateur que j’ai offert, il y a peu, à mon adorable petite fiancée. Je me serais alors souvenu que mon père, chaque automne, dans son jardin, allumait de grands feux pour y brûler les déchets végétaux. Et il en profitait aussi, très bizarrement, pour y cramer les poupées et les ours en peluche abandonnés par mes petites-nièces ou mes enfants. Pourtant, mon père n’avait rien d’un pyromane psychopathe. Non; il n’y avait pas plus brave homme, pas plus sain d’esprit. Alors pourquoi brûlait-il poupées et nounours? Allez savoir? Chaque homme, même le meilleur, recèle sa part d’ombre (la mienne est très fortement développée; c’est pour cela que j’ai les jambes blanches et un torse de neige, ce qui n’est pas pour déplaire à mes maîtresses). Non, je ne vous raconterai pas ça. Un nouveau retour dans l’enfance? Non, merci. Certains confrères de la rédaction disent déjà que je radote; l’un d’eux, plus percutant, a même ajouté: «Il ne se renouvelle pas beaucoup, pépère!» J’aurais pu aussi vous narrer mes exploits de pêcheur en haute mare, en compagnie de Raphaël Trombert, 23 ans, chargé de mission biodiversité faune auprès du Centre permanent d’initiative à l’environnement (CPIE).

Raphaël Trombert, 23 ans, chargé de mission biodiversité faune auprès du Centre permanent d’initiative à l’environnement (CPIE). (Photo : Philippe Lacoche.)

Nous nous sommes retrouvés, mercredi dernier, sur les berges des mares situées rue Edouard-Lucas, derrière la station essence, en face de Super U. Pas la peine que j’use ma plume: vous retrouverez ma première chronique, La mare dit, qui paraîtra… mardi prochain (je suis le Maurice Biraud de Tergnier, le Bigard d’Amiens avec mes jeux de mots à la noix; mon copain Daniel Muraz, de la rédaction en chef, l’a accepté; je me demande si ce n’est pas pour me ridiculiser), et vous saurez tout sur mes exploits. Non, je ne vous raconterais pas ça non plus. C’est le hasard et la chance qui sont venus à mon secours (la chance, cette cousine du génie: j’ai les chevilles qui enflent!). Incroyable: ce jeudi matin, j’ouvre ma boîte à lettres. S’y trouve l‘essai La vie rêvée de Blanche Gardin, de Nathalie Simon (éd. L’Archipel) que j’avais commandé. Joie. J’adore Blanche Gardin. Je file sous la douche, bouscule un petit tas de linge. Un vieux ticket de cinéma tout délavé tombe. Je regarde: Gaumont Amiens, salle 07, Blanche Gardin, 21/03/2019. Exonérés. Incroyable mais vrai! J’avais assisté à cette diffusion en compagnie de ma copine Susan après avoir demandé par mail expressément l’autorisation à la direction. Un vrai clin d’œil du destin. Ou positif comme je suis, je me suis dit que la directrice du Gaumont allait peut-être me renouveler, en tant que journaliste et critique de ciné, ma carte gratuite d’accès. On peut rêver, n’est-ce pas, lectrice conquise, presque culbutée, presque retournée?

Blanche Gardin lors de la diffusion de son spectacle, au Gaumont, en mars 2019. J’étais en compagnie de Susan.

                                                  Dimanche 12 juillet 2020.

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Petits coureurs dans les cieux de l’enfance éternelle

Les groseilles blanches du jardin de ma petite fiancée. (Photo : Philippe Lacoche.)

     Par un après-midi fort ensoleillé, alors que je baguenaudais dans le jardin de ma petite fiancée, mon attention fut attirée par les groseilliers qui offraient de jolies grappes de fruits mûrs. Profitant qu’elle me tournât le dos, affairée à tondre la pelouse, je me suis laissé guider par ma gourmandise légendaire. Alors, sournois comme un vieux matou castré, j’ai attrapé une grappe de groseilles blanches, l’ai portée à ma bouche; j’ai fermé les yeux. Et, tel un petit Marcel picard dégustant sa madeleine, je me suis laissé envahir par les souvenirs. Les groseilles blanches? Les meilleures, sans aucun doute. Les plus douces, à l’acidité raisonnable et fraîche comme baiser d’adolescence avec une petite immigrée italienne dans les années 1960, sur la pelouse du stade SNCF de Quessy-Cité (Aisne). Mais laissons là l’Aisne (tiens, ça sonne bien: «Laissons là l’Aisne!»; il faudra que le replace dans les paroles des chansons que je dois donner à Hervé Zerrouk, ancien du groupe Les Désaxés, à Benjamin Laplace, fondateur du groupe Mistral, ou à Vanfi, l’âme sombre des Papillons noirs, ou tout simplement à mon frère, l’insaisissable Scieur Z et sa scie musicale s”c”i tranchante), retrouvons les vacances. Les miennes, en tant que fils de cheminot d’un père qui, aux voyages, préférait son jardin, restaient toujours les mêmes : direction le château de Sept-Saulx (Marne) où mon grand-père maternel exerçait la profession de jardinier. Avec mon regretté cousin Guy (le Pêcheur de nuages), nous parcourions les rives ombragées et fraîches de la Vesle, lestés de nos gaules et lignes, à la recherche des chevesnes, vandoises, vairons, perches ou rotengles aux rutilantes nageoires. C’était juillet; il faisait chaud. Lorsque nous n’étions pas à la pêche ou pas en train de courir après les filles, jeunes faunes agiles, nerveux et vigoureux, nous allions dévaster le potager du grand-père. Les groseilles blanches et roses, pâles comme la peau des fesses des jeunes rousses, restaient nos préférées; nous en abusions. Le jus dégoulinait le long de nos lèvres et sur nos torses dénudés. Le plaisir que nous obtenions relevait de l’orgasme gustatif. Fermions-nous les yeux pour nous souvenir de plaisirs lointains? Justement, je ne m’en souviens plus. L’effet poupées russes de ma pensée s’arrêtera donc là. Non, pas tout à fait. Des groseilles blanches et roses, nous en rêvions, quand nous jouions, Alain Lanzeray, Gérard Lopez (dit Dadack), Dominique Van Missen, son frère Josselin et moi, au Tour des Allées, pastiche du Tour de France que nous réalisions avec des petits coureurs en métal ou en plastique que nous faisions avancer avec des billes sur un parcours, dessiné à la binette, dans les allées du jardin de mon père. À la cité Roosevelt, au milieu des années 1960, cette compétition détenait la réputation d’une classique cycliste véritable, Felice Gimondi, GianiMotta. Paris-Roubaix et autre Tour des Flandres n’avaient qu’à bien se tenir. Lorsque nous en avions assez de faire avancer Felice Gimondi, Walter Godfroot,  Giani Motta et Karl-Heinz Kunde (dit le Nain jaune), nous foncions vers les groseilliers de mon père qui, eux, ne produisaient que des fruits rouges. Nous nous en contentions.

Il y a quelques jours que je suis rendu dans le jardin de notre maison familiale. Les allées sont envahies par les herbes.

Ils sont loin, nos Tours des Allées de l’enfance. Mais résonnent toujours en moi les rires d’Alain, de Gérard, de Dominique, de Josselin et des autres qui, alors que je tape ces lignes, jouent peut-être aux petits coureurs dans les cieux de l’enfance éternelle.

Dimanche 28 juin 2020.

 

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Voyages autour des planètes de mes jeunes années

Un papillon de nuit roux. Photos : Philippe Lacoche.

À la faveur des chroniques du Jardinier confiné que mes rédacteurs en chef m’avaient commandées il y a peu, sont ressortis de moi quelques gestes, instincts, pratiques, mœurs et goûts que je croyais enfouis à tout jamais dans la boue lourde et sombre des années mortes. Le but de cette pratique journalistique? Livrer quotidiennement un court texte narrant mes exploits de jardinier en ces temps d’inactivité forcée. Au début, tout se passa fort bien; je racontais que j’étais en train de bêcher mon potager; j’expliquais comment je binais, avec quelles techniques je rangeais mon bois, et autres petits détails de ma vie de cloîtré à l’intérêt tout à fait relatif. Puis, lassé par les efforts déployés pour l’entretien du potager, je me suis mis à observer. Là, un oiseau qui se posait; ici, un vent fort qui faisait ployer le forthysia. Jusqu’au jour où je découvris une famille d’escargots. Une mère que je surnommai Babette, et deux petits que je supposai qu’ils fussent ses enfants. Là, mes pratiques étranges revinrent au galop. Afin de mieux les observer, je plaçai les gastéropodes dans un bocal que je recouvris d’un film plastique dans lequel, équipé d’une aiguille, je fis des trous d’aération. Con comme une buse, je ne trouvai rien de mieux à faire que de raconter mes méfaits dans l’une de mes chroniques quotidiennes du Jardinier confiné. Bien mal m’en prit: des amis me firent des remarques acerbes, arguant que j’étais un bourreau d’emprisonner ces pauvres bestioles; une consœur de journal m’envoya un mail, gentil et rigolo certes, pour m’inciter à relâcher Babette et sa portée. Ce que je fis trois jours plus tard, sous les caméras de France 3 Picardie et de représentants de la presse nationale, généraliste et animalière, le tout, comme c’est dorénavant mon habitude, au son de «L’Internationale» et de «La Marseillaise», interprétés par l’Harmonie de Tergnier (Aisne). Tout ça pour vous dire qu’aujourd’hui, il faut faire attention à ce que l’on fait aux bêtes. Séquestration de gastéropodes dans un bocal de Pesto Baresa, cela eût pu me coûter cher. D’où ma volonté de médiatiser la libération des pauvres bêtes dans mon jardin de fou furieux. Ces pratiques, je les tiens, of course, de l’enfance. À Tergnier (comme partout ailleurs), c’était courant; nous organisions même des courses d’escargots. (Je ne suis pas encore allé jusque-là, mais cela n’est pas exclu.) Ma dernière en date remonte à quinze jours: alors que je retournais la terre d’un massif, je tombe sur une jolie chrysalide. Flash de l’enfance; la glaise du talus de la cité Roosevelt où nous faisions des cabanes avec Joël Mahut, Jean-Claude Guénet, Alain Lanzeray, Fougeron, Van Missen, etc. La bestiole est vivante: elle se tortille alors que je la saisis avec une infinie délicatesse. Une fois de plus, je ne peux m’en empêcher; c’est comme un vice. Je prends un bocal, que je remplis d’un peu de terre de bruyère, d’herbe et j’y place la chrysalide. À l’abri des regards, légèrement sournois, je pose la prison de verre sur le buffet. Et j’oublie. Hier, j’ai découvert que s’y trouvait un papillon de nuit. Entre deux averses, j’ai procédé à l’envol du bel insecte roux. Cette fois, j’ai opté pour la discrétion. Je compte sur vous, lectrices: ne le dites à personne. Surtout pas à Brigitte Bardot ou à la SPA. J’ai encore envie d’effectuer quelques voyages spatiaux autour des planètes de mes jeunes années.

Dimanche 21 juin 2020.

Avec ses dessins singuliers sur les ailes, le papillon me fait penser à une tête. Ou à un masque.
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Pour ne pas oublier Escaudain et Félicien Joly

Un terril, près de Denain, vestige de la mémoire minière. Photo : Philippe Lacoche.

      En trois semaines, il nous a fallu, ma petite fiancée et moi, nous rendre deux fois à Escaudain, dans le Nord. Certains, fraîchement déconfinés et fans des cocotiers et des plages de sable fauve, se diront qu’il faut vraiment le vouloir. Il le fallait mais nous le voulions aussi, oui. Est-il indécent d’affirmer que je me sentais bien à Escaudain? Peut-être; singulier en tout cas. Pourtant, là-bas, et peut-être un peu plus qu’ailleurs, cette cochonnerie de capitalisme a fait du dégât. Commerces fermés, maisons à vendre, paupérisation, misère sociale. Exact. Et ces terrils, devenus verts, recouverts d’une douce végétation, que doivent-ils nous inspirer? Révolte ou délicate nostalgie d’un patrimoine bossu enfoui dans la nuit des temps. Dans la nuit noire des mines. Alors, pourquoi me sentais-je bien à Escaudain? Certes, ma famille paternelle vient du Nord. Cela doit jouer, en effet. Je crois à la mémoire génétique, à la transmission des émotions, des espoirs, des batailles, des amours, des passions. On est en droit de me contredire. Je ne sais pas; je ne sais rien. En me penchant au-dessus de l’épaule de l’un de mes meilleurs amis, Jean-Pierre Wikipédia, j’apprends que la ville a toujours été de gauche, SFIO d’abord, puis communiste non sans panache alors que certains chroniqueurs bobos et sociaux-démocrates de ma bien-aimée station France Inter se gaussent en affirmant, ricanant, que l’électorat populaire et communiste n’a plus d’yeux (Dieu?) que pour les marinades de gibier de potence de l’extrême droite.

Une reproduction d’une photographie de Félicien Joly à la faveur d’une expositions qui lui était consacrée. Photo : La Voix du Nord.

Toujours grâce à Jean-Pierre Wikipédia, j’apprends que c’est à Escaudain qu’est né, en 1919, Félicien Joly, jeune communiste résistant, mort fusillé par les hyènes nazies le 15 novembre 1941, à la Citadelle de Lille. Il avait 21 ans. Il était issu d’une famille ouvrière, obtint le brevet élémentaire, devint instituteur, rejoignit la Résistance, dirigea les Bataillons de la jeunesse communiste et procéda à de nombreux sabotages et déraillements, notamment au côté d’Eusebio Ferrari, courageux patriote, abattu d’une balle dans le dos par un gendarme français alors qu’il tentait de s’enfuir, cerné par la police à Anzin. Dans la dernière lettre adressée à ses proches, Félicien Joly écrivait: «(…) Je vais mourir pour que la France soit libre, forte et heureuse.» Qu’ajouter d’autre? C’est déchirant. Escaudain, ville ouvrière, détient dans ses recoins des dizaines d’histoires, d’actes héroïques, connus ou anonymes. Un peu comme Tergnier, ma ville. C’était la guerre, oui. Et la pandémie ne s’appelait pas Covid-19 mais nazisme. La comparaison n’est pas forcément nécessaire. En nous arrêtant à Cambrai, j’eus une pensée émue pour mon grand-père Alfred, citoyen de Catillon-sur-Sambre, qui, jeune homme, avant d’aller se prendre plusieurs éclats d’obus boches dans le crâne, devait aller boire des bières dans les estaminets de la capitale des Bêtises. Ce devait être en 1905. Connaissait-il déjà cette jolie jeune fille blonde, originaire de Bazuel, qui allait devenir ma grand-mère paternelle? C’est fort probable. Je comprenais alors pourquoi le Nord, Escaudain, Cambrai, Denain, etc., me parlaient à l’oreille et me racontaient des histoires. Je ne les comprenais pas toutes, mais je me sentais bien.

Dimanche 14 juin 2020.

 

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Fruits pourris et cigare froid

Fruits pourris et cigare froid. Photo : Philippe Lacoche.

Parfois, je m’étonne moi-même. Je suis bizarre. L’autre, alors que je me trouvais bien niché dans la maison de ma petite fiancée, j’ai découvert, dans la corbeille à fruits, deux pêches pourries. Le bio, c’est bien bon mais ça se conserve moins bien. Je ne cesse de le lui dire mais, comme lui avait hurlé aux oreilles, un urgentiste d’une clinique privée où, tétanisée par la douleur après une opération délicate d’un de ses mignons petits pieds de danseuse (pointure 37), «elle n’écoute rien!» Il lui avait collé un masque de gaz anesthésiants sur le visage; elle avait voulu le retirer pour faire savoir au très peu délicat praticien qu’elle souffrait le martyre. Celui-ci s’était fâché très fort et l’avait laissée en plan sur le billard, son pansement ouvert dégoulinant de sang. Elle, la Parisienne, connaissait là son baptême du feu avec un des éléments de la médecine amiénoise; elle s’en souviendra toute sa vie. J’avais failli me cogner avec l’irascible. Ça avait fini par s’arranger, mais tout juste. Donc, comme le hurlait le si délicat urgentiste: ma petite fiancée n’écoute rien. Bien pourries, les pêches! Je les ai délicatement ôtées de la corbeille afin qu’elles ne m’explosent pas dans la main, les ai posées sur la table de travail, à côté du vieux cigare que lui avait donné mon bon copain Jacques Frantz, puis les ai observées. L’une, étrangement, avec son duvet grisonnant et mousseux, gris souris, me faisait penser à un crâne de doux vieillard à la peau de pêche. Le genre de gentil papy qu’on a toujours envie d’embrasser afin qu’il nous raconte la vie d’avant, l’évacuation en 1940, à Taussat-les-Bains, dans le Sud-Ouest, l’arrivée des Boches à Tergnier, et sa vie toute simple de simple cheminot. Un peu mon vieux père, quoi!… Comme je le disais, le cigare, d’excellente qualité, avait été donné à ma lolita cinquantenaire par l’ami Frantz.

Jacques Frantz (à gauche), ici en compagnie du comédien Cyril Le Boiteux, photographiés à la terrasse du Café, chez Pierre, à Amiens, en 2018. Photo : Philippe Lacoche.

En effet, Marguerite, une très bonne copine, nous avait invités à un barbecue où le trouvaient Suzanne et Jacques Frantz. L’ancien journaliste du Courrier picard et de L’Express, grand lecteur, bibliophile, amoureux des lettres, m’a gentiment engueulé parce que j’avais un peu égratigné un écrivain qu’il apprécie, le gros Henri Béraud, dans l’une de mes précédentes chroniques. J’avais écrit que l’opulent Lyonnais était passé de l’extrême gauche à l’extrême droite. Jacques me fit remarquer qu’il n’y avait pas plus anti-Allemands que Béraud (c’est tout à son honneur) mais pas non plus, plus anti-Britanniques (ça, c’est mal, mon gros Béraud car nos vrais amis alliés sont venus, à deux reprises, nous filer un coup pour chasser de notre territoire les hordes teutonnes). Sinon, on a hyper bien mangé et on a, of course, bien bu. Et à la fin, gentiment éméchés, on a fait péter les gestes barrières: on s’est pris dans nos bras, le Jacques et moi. Je lui ai rappelé que sans lui, jamais je ne serais rentré à la rédaction de mon cher Courrier picard. Et ça, lectrices fessues, soumises et adulées, ça vaut bien un risque de coronavirus. On a fini par faire un bras d’honneur aux pangolins sans oublier de chanter «L’Internationale». Il ne faut jamais se priver de l’essentiel.

Dimanche 7 juin 2020.

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Au nom du Corned-beef et du Dr Petiot

La fameuse pince qui vint à bot de la boîte de Corned-beef. (Photos : Philippe Lacoche.)

À la faveur de ma chronique quasi quotidienne, sobrement intitulée «Confiné au jardin», je vous ai narré, il y a peu, les affres du jardinier confiné, contraint de s’adonner au bricolage, poussé en cela par sa petite fiancée; cette dernière, rêvant d’œufs frais et d’autosuffisance, envisageait d’élever deux poules pondeuses. Il fallut donc penser à la construction d’un poulailler. Bien heureusement, la petite fiancée du Confiné, possédait, quand elle était petite, une chèvre prénommée Djali, chèvre que lui avait ramenée par son père alors qu’elle réclamait un chien. (Il faut le reconnaître: parfois, les décisions paternelles demeurent difficilement déchiffrables.) Dans ce cas précis, il existait encore le cabanon de Djali, et la petite fiancée s’était bien renseignée sur Internet pour aménager ce fichu poulailler. Elle fut donc l’ingénieur; il se résigna à faire le manœuvre. Mais tout de même, observant le jardinier, je m’étais rendu compte à quel point le bricolage le dégoûtait, le répugnait, le révulsait. Je dois ici l’avouer tout de go: je ne suis pas toujours d’accord avec les attitudes absconses, voire provocatrices du jardinier confiné. Vous l’avez compris, lectrices adulées, fessues et soumises, que je ne suis que le modeste greffier de ses exploits journaliers. Oui, parfois, il m’agace; et tout en écrivant ces chroniques nées du confinement et du pangolinvirus, je reconnais même qu’il m’agace puissamment. Mais là, son incapacité à bricoler m’a ému. Je l’ai senti désarmé, fragile lui qui, pourtant, manie la bêche comme la machette et l’incinérateur comme un Dr Marcel André Henri Félix Petiot. (Merci pour l’image, Simon Poulidor, dit le Président, de l’association des Quatre-vingts poneys.) En effet, je dois reconnaître que, comme le Confiné, je ne sais rien faire de mes dix doigts. Une vraie brelle; une catastrophe ambulante. Il n’est pas rare qu’au cours de mes tentatives de bricolage, je me coupe, je me blesse, je m’agresse. Au grand dam des filles et femmes qui ont eu le privilège d’accompagner ma vie de Ternois. (Heureusement, comme le Confiné, je me rattrape sur le jardinage, la pêche à la ligne, et les choses de la carte du Tendre.) L’autre soir, j’étais seul. Je comptais me régaler d’un reste de pois-chiches-épinards du ragoût à la créole et de tranches de Corned-beef. (J’adore ça; c’est une façon pour moi de rendre hommage à nos amis alliés britanniques qui nous aidèrent, à plusieurs reprises, à repousser les envahissantes et teigneuses velléités venues de l’Est.) Je sortis donc ladite boîte métallique. Après bien des efforts, je parviens à enfiler la minuscule clé fournie par le fabricant. Et je me mets, sagement, à enrouler autour de celle-ci le ruban de métal prédécoupé. J’avoue que je n’étais pas rassuré. Soudain, se produisit ce que je craignais: le ruban métallique se brisa net. Plus moyen de remettre la clé. L’horreur car j’avais très faim. Il me vint l’idée de me munir d’une pince. Grâce à celle-ci, je vins à bout de la boîte ce qui relève, pour moi, de l’exploit. Je pensais alors que le regretté Winston Churchill eût pu rajouter à sa célèbre formule «No sport», celle, toute autant respectable, de «No do cratfs»!

Dimanche 26 avril 2020.

A table!