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Copines et copains Les Dessous chics Littérature

Bouboule, Blaise et les frelons asiatiques

L’homme de l’art procède à la destruction du nid de frelons asiatiques.(Photo : Philippe Lacoche.)

   Mes bons voisins, Tio Guy et Béa, m’ont téléphoné, très intrigués, presque affolés.

– Tu as vu le nid dans l’un des pommiers du verger?

«Un nid? Un nid d’oiseau», pensai-je. «Bon. Mais pourquoi, diable, cet appel surprenant?»

– Un nid, oui. Et alors?

– Regarde de ta terrasse. Tu vas voir! Un nid de frelons asiatiques.

Je fonce sur la terrasse. Et là, à à peine dix mètres de ma tronche de piqué potentiel, un énorme nid, une manière de lanterne crémeuse, gigantesque, à base de cellulose. Superbe, à dire vrai. Une sacrée architecture. Comme si les bestioles avaient travaillé à la petite cuillère ou au couteau à peindre. Je m’approche d’un peu plus près. J’aperçois trois ou quatre indigènes, noirs et jaunes comme le drapeau du bien-aimé Empire russe.

– Fais gaffe quand même! C’est mauvais, ces bêtes-là, me prévient Tio Guy. Tu veux mon casque de motard?

Toujours le mot pour rire, Tio Guy. Même dans les situations les plus périlleuses. A deux mètres du nid, un frelon asiatique se met à me regarder de ses minuscules yeux sournois. Je me souviens des bastons dans les bals à la Maison des arts et loisirs de Tergnier (Aisne), dans les années 1970. «Ne jamais baisser le regard, sinon, tu es mort!», m’avait prévenu Bouboule, un fier à bras, gentil comme tout, mais qu’il ne fallait trop chatouiller surtout quand il avait abusé de la bière du Nain d’Alsace. J’avais retenu la leçon; je ne baisse pas les yeux. Lui non plus, le salaud! Que faire dans ces cas-là? Je suis désarmé. Ma chair appétissante et rosée de Ternois bien nourri n’attend plus que son dard. C’est affreux! Je me sens dans la peau d’Yves Montand ou de Charles Vanel, dans Le Salaire de la peur, avec, sous les fesses, quatre cents kilogrammes de nitroglycérine. Ou dans celle de Blaise Cendrars, dans J’ai tué, sublime texte dans lequel l’immense écrivain-poète raconte comment il liquide un Boche à l’eustache au cours de la Première guerre mondiale. «Œil pour oeil, dent pour dent. A nous deux maintenant.» Là aussi, c’est lui ou moi. Soudain, il baisse sa garde et son regard par la même occasion. Et met les bouts vers un destin plus incertain que les rives évoquées par mon regretté ami Robert Mallet. Je regagne la terrasse, en roulant légèrement les épaules comme au temps des bastons, des bals à la Maison des arts et loisirs de Tergnier, et de Bouboule.

– Ce n’est pas le tout, mais qu’est-ce qu’on fait? On ne peut pas laisser cet hôtel à dardons en l’état. Il y a plein d’enfants dans le coin… lâche Béa, inquiète, à juste titre; elle a pris le temps de téléphoner à l’un de ses copains pompiers qui lui a donné le numéro de téléphone d’une entreprise spécialisée dans la défrelonisation.

Je sais que ma voisine Aurore détient les coordonnées de la propriétaire du verger qui réside maintenant dans le Sud de la France. Elle l’appelle. Deux jours plus tard, une manière de cosmonaute arrive, tout de blanc vêtu, équipé d’une sorte de chalumeau. Après une dizaine de coups de fumigène avec son ustensile magique, les bestioles s’envolent par centaines. Prudent, j’assiste au spectacle derrière la fenêtre de ma véranda. Subrepticement, un frelon asiatique se pose sur le rebord. Et se met à me fixer de ses petits yeux sournois. « J’en suis sûr; celui qui m’a défié deux jours plus tôt. Ça ne va pas recommencer?» me dis-je. Et cette fois-ci, Bouboule n’est pas là pour me conseiller. Je fonce vers le téléphone et appelle la police. On n’est jamais trop prudent. Mon copain et confrère Tony Poulain, chroniqueur judiciaire de notre cher journal, devrait, sous peu, le retrouver à la faveur d’une audience du Tribunal de Grande instance.

Philippe Lacoche

Dimanche 29 novembre 2020

Un nid très impressionnant ! (Photo : Philippe Lacoche.)
Tio Guy, l’été dernier badigeonnait son gros cerisier. Pensait-il déjà lutter contre l’invasion des frelons asiatiques? (Photo : Philippe Lacoche.)
Blaise Cendrars, auteur de “J’ai tué”.
Le regretté Robert Mallet, auteur du livre “Les Rives incertaines”.

 

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Coups de barre Histoires de prétoire

Ça soulage

Son fils vient d’être condamné à quatorze ans de réclusion pour viol et séquestration. La tête haute, encadrée de ses deux fils, Mme K. me toise d’un « Et vous, de quel droit vous mettez son nom dans votre journal de merde ? » Je marmonne. Il est 23 heures, Beauvais s’endort et ce procès sous tension s’est à peu près tenu. L’huile ne sera pas mise sur le feu ce soir.
Ce que je ne lui réponds pas, c’est « du droit de faire mon travail, madame. Vous savez, le travail, ce truc qui consiste à se lever le matin et à accomplir quelque chose en échange d’un salaire, dont la moitié ira dans la poche d’un État qui vous nourrira, vous logera, paiera la prison, le shit et l’avocat de votre fiston ». J’aurais vu l’incompréhension dans ses yeux, alors j’aurais ajouté : « Le travail, comment dire, c’est un truc qui ressemble au RSA sauf qu’en échange, il faut donner du temps et de la sueur ».
Le RSA, parlons-en. Dans ce délicieux dossier qui avait pour cadre les bas-fonds de Noyon, on a appris que la victime, une paumée accro au crack, était priée de laisser à l’un des fils K. son logement au loyer financé par les aides sociales. Comme il faut bien se loger, elle sous-louait une chambre chez la grand-mère K., pour laquelle elle devait verser sa dîme !
Il lui revenait également de recevoir sur son compte en banque le RSA d’un autre fils K., incarcéré pour l’une de ses 21 condamnations. Car oui, pendant que l’État nourrit et loge un délinquant, son département continue à lui verser son revenu de solidarité active. Pour dire vrai, le «guide du nouvel arrivant » édité par l’administration pénitentiaire stipule que « si vous perceviez le RSA avant l’incarcération, il est maintenu pendant deux mois. Au-delà, vous devez prévenir la CAF de votre incarcération en adressant un certificat de présence, que vous pouvez demander au greffe ». On imagine, évidemment, que les détenus s’empressent de remplir le dit formulaire…
Au moins, était-il question de nourrir des enfants ? De gonfler un bas de laine dans la perspective de la réinsertion ? De commencer – rêvons un peu – à indemniser les victimes ? Non ! L’allocation avait pour seul but d’acheter des stupéfiants au Clos des Roses avant de les livrer, cachés dans l’endroit le plus secret du corps féminin, au parloir de la maison d‘arrêt (où elle avait également pour consigne de soulager le garçon de quelques fellations).
J’aurais pu dire tout ça mais je me suis tu. Je l’écris : ce n’est sûrement pas politiquement correct mais bon sang, qu’est-ce que ça fait du bien…
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Non classé Procès verbaux

Procès de Roddy Lembe-Onema pour tentative de meurtre à Clermont (Oise)

Troisième article reproduit avec l’aimable autorisation de mon confrère Gautier Lecardonnel

2 mars 2017

Il assomme  sa compagne  et met le feu à l’appartement

Roddy Lembe-Onema répond d’une tentative de meurtre sur Marietou, sa petite amie.

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Histoires de prétoire

Quand on n’a que la haine

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Juste une mise au poing… (Mai Le sous CC)

L’amour, c’est fort. On ne voit guère que la haine pour lutter… Charles et Virginie ont dû s’aimer, mais il faudrait un microscope pour en retrouver des traces. Lui à la barre pour harcèlement, elle repliée sur son siège de victime, il ne reste que la haine, comme une tranchée de la guerre de 14 au milieu de la salle d’audience.

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Histoires de prétoire

De but en blanc

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OK, mais vraiment tous, alors…

Ce midi-là, je m’étais perdu au rez-de-chaussée du Palais. Il me fallait rallier le bureau de l’Ordre pour y rencontrer une avocate. Le chemin était balisé. Depuis que des mesures de sécurité ont placé des digicodes à chaque virage du lieu de justice, les bureaux des procureurs et juges d’instruction sont mieux protégés que la Banque de France.

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Histoires de prétoire

Taille mannequin

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Si la photo tient lieu de sexualité, peut-on apparenter le selfie à la masturbation ? C’était notre légende photo spéciale Saint-Valentin. (MarkScottAustinTX sous CC)

Pour imaginer Arnaud en recruteur d’une agence de mannequin internationale, il faut un gros effort d’imagination. Dans son pull bleu qui le boudine, son jean’s informe, ses tennis fatiguées, il évoque une fashion week qui se serait déroulée il y a longtemps, très longtemps, ni à Milan ou avenue Montaigne mais plutôt dans le village du canton d’Ailly où à 22 ans il vit toujours avec papa et maman, encalminé dans une réalité professionnelle peu emballante, entre son dernier CDD comme employé agricole et son projet de devenir technico-commercial.

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Histoires de prétoire

Lolo ne tourne pas à l’eau

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Faut pourtant avoir faim… (kellinahandbasket sous CC)

Alain a tapé sur Laurence, c’est entendu. Qu’il se présente en larmes à l’audience de comparution immédiate ne changera rien à l’affaire, pas davantage que ses explications alambiquées où il est question d’un repas en retard, d’une dispute pendant une balade à vélo et du patron d’un kebab qui avait proposé un plan à trois.

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Procès verbaux

Le café ne risquait pas de l’énerver : il était bourré de tranquilisants

Le mari avait fait ingurgiter des calmants dissous dans le café de sa femme. Il a été condamné mardi 20 octobre.

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Il ne risquait pas de l’empêcher de dormir… (Naotake Murayama sous CC)

Mardi 20 octobre, le tribunal d’Amiens a condamné François (les prénoms sont modifiés), 49 ans, à un an de prison avec sursis. Il a été reconnu coupable d’avoir, dans une commune du nord-ouest de la Somme, administré une substance nuisible à sa femme, le 27 juillet 2015. Il a également été condamné pour des violences répétées, pendant les sept premiers mois de l’année.

Le soir du 30 juillet, ce couple qui va mal depuis plusieurs mois sacrifie pourtant à un tendre rituel. Nathalie a préparé le café le matin, François l’a fait couler après le dîner et apporte une tasse à celle qui partage sa vie depuis dix ans, dont cinq de mariage.

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Histoires de prétoire

Alors, ça roule ?

6612258681_9c222042dc_zUn fauteuil, certes, mais roulant. C’est le plus sévère des procureurs. L’as des as du barreau n’aura jamais son efficacité pour faire pleurer un juré de cour d’assises. Si le cynisme avait pris le pouvoir de mon cerveau aussi usé que mes fonds de culotte, à force pour l’un de côtoyer le crime, pour l’autre les bancs austères de la tribune de presse, j’oserais suggérer que quitte à vouloir tuer sa femme, autant ne pas la rater : une survivante fera toujours pire effet qu’un fantôme.

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Procès verbaux

Affaire Bocquet. Vingt ans pour un double meurtre

24 septembre 2015

ASSISES DE L’OISE

Un sexagénaire jugé pour un double meurtre dans un foyer de Compiègne

IMG_0319Un double meurtre sur fond d’alcool : telle est l’affaire que jugera la cour d’assises de l’Oise, ces jeudi 24 et vendredi 25 septembre.