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Cost killers en série au Parc Zombillénium

Zombillénium, tome 3 : Control Freaks, Arthur de Pins, éditions Dupuis, 48 pages, 14,50 euros.

Tous ses protagonistes ont beau être morts, les temps changent au parc Zombillénium. Et même le slogan (repris en quatrième de couverture) : “Ici on embauche… pour l’éternité“, est remis en cause. Les gentils résultats obtenus par Francis Von Bloodt, le paternaliste directeur du parc de loisirs monstrueux situé à 10 kilomètres de Valenciennes, ne suffisent plus à Béhémoth, le grand patron. C’est l’heure des restructurations, des cost killers (à prendre ici au sens littéral du terme) avec l’arrivée d’un consultant, un vrai vampire (au sens littéral, là encore), Bohemond Jaggar de Rochambeau, en provenance d’Amérique. Cette fois, il ne suffit plus de faire du chiffre d’affaires, mais de récupérer aussi son lot d’âmes pour le démon. Fini les sentiments, les ambitions de réinsertion sociale, voire de ressources humaines, place au cash, à la pompe à fric…

De quoi casser encore un peu plus l’ambiance parmi un personnel déprimé. La petite sorcière Gretchen désespère de pouvoir retrouver sa mère, expédiée en enfer ; Sirius, le squelette syndicaliste ronge son frein ; Aton, la momie se fait licencier ; Francis est contraint de courber l’échine, sur le point de démissionner et surtout Aurélien, le diable ailé déprime de sa condition de mort-vivant. Et un burn-out chez un démon, ça peut faire du mal.

Arthur de Pins continue à dézinguer joyeusement le monde de l’entreprise et ses clichés avec son allégorie monstrueuse. Ici, il illustre, en paraissant ne pas y toucher, le passage du capitalisme familial d’hier à l’entreprise déshumanisé du capitalisme financier. Il force le trait, de façon jubilatoire, dans ce troisième épisode, avec des dialogues ciselés, jouant sur les mots et le double sens du vocabulaire économique. Et le décalage est toujours aussi réussi entre le style graphique, informatisé et velouté, et ce qu’il décrit. Mais, heureusement, même si les temps sont durs, Zombillénium continue de prodiguer son humour ravageur et de jouer son rôle de divertissement de haute volée !