Categories
Bulles Picardes

En Suisse, la prévention contre le Covid-19 passe par la bande dessinée

Initiée par l’infectiologue genevois Didier Pittet, la campagne de prévention STOP COVID, en Suisse vise à apprendre les “gestes barrière” aux jeunes (et plus largement au grand public). Et cette campagne multimédia s’appuie notamment sur la bande dessinée

C’est ainsi que plusieurs dessinateurs, au premier rang desquels Zep, mais aussi Buche, Chappatte ou Bertsch ont réalisé des dessins mis à disposition sur le site pour les écoles, les cabinets médicaux, les cliniques, etc… Et Titeuf est donc mis à contribution de différentes manières.

Pour accompagner le déconfinement…

… et plus spécialement pour s’adresser aux plus jeunes écoliers.

Chappatte (dessinateur du Temps, notamment) a fait de son côté un petit “pense-bête” à découper.

Categories
Bulles Picardes

Titeuf nous explique les bons gestes contre le coronavirus

Autre initiative réussie dans le milieu de la bande dessinée, après celle de la coronamaison initiée par Pénélope Bagieu, celle de Zep avec un Titeuf nous expliquant les bons gestes contre le coronavirus. Mis en ligne sur Youtube ce vendredi 20 mars.

Categories
anticipation Bulles Picardes Les albums à ne pas rater science-Fiction

Téléportation dans le Paris de 2119

Paris 2119, Zep (scénario), Dominique Bertail (dessin). Editions Rue de Sèvres, 80 pages, 17 euros (version luxe, au lavis et avec cahier graphique, 88 pages, 25 euros).

Paris en 2119 n’est plus qu’à moitié la “ville-lumière”. Pour résorber la pollution générée par un siècle de dégradation climatique, un programme de désinfection de l’atmosphère a été enclenché, provoquant une pluie incessante sur les quartiers périphériques délabrés de la capitale. Le centre de la ville s’est lui transformé en “ville-musée” protégé par un champ magnétique et empli de sculptures hologrammes plus ou moins réussies. Le ciel, lui, est parsemé de mini-drones envahissants. Mais la majorité de la population ne ressent plus ces changements, réfugiés dans la réalité virtuelle et utilisant pour ses voyages le Transcore, des cabines de transportation instantanée. Le bon vieux métro demeure pourtant, mais n’est plus utilisé que par des paumés ou quelques nostalgiques, comme Tristan Keys, écrivain de seconde zone. Tout l’inverse de sa compagne Kloé, adepte résolue de la téléportation intercontinentale

C’est d’ailleurs dans le métro que Tristan va faire une étrange rencontre avec une femme passablement dérangée, qui va faire basculer son existence. Rencontre d’autant plus troublante quand il se rend compte que cette femme est aussi l’éditrice avec qui il a rendez-vous le lendemain, que celle-ci n’a aucun souvenir de lui. Et, pire encore, quand il voit cette femme se faire désintégrer quelques jours plus tard. Témoin également d’un dysfonctionnement d’une cabine Transcore, il en vient à suspecter un complot aux conséquences effrayantes…

Après la fable écologique apocalyptique de The End, Zep continue d’arpenter le futur et de surprendre avec ce récit de science-fiction rétrofuturiste à la Blade Runner. Il retrouve ici pour cela Dominique Bertail, complice pour leur épisode d’Infinity 8.

Leur transportation dans le Paris du siècle prochain est bluffante. Par petites touches, à l’aide des dialogues ou des dessins,  ils décrivent une vision très crédible du futur, extrapolation des tendances contemporaines mêlée à des éléments de pure science-fiction (enfin, pour l’instant) également rendus consistants par leur banalisation même (les petits drones, la nourriture générée par imprimante 3-D ou bien sûr les cabines de téléportation Transcore). A cela s’ajoute tous ces petits détails du quotidien fort bien restitués, à l’image des Tamanoirs devenus des animaux de compagnie habituels ou d’un Eurostar décrépit.
Dominique Bertail dessine tout cela dans un style réaliste, un peu froid, entre Moebius et Bilal, s’inscrivant dans une veine de SF séduisante et soignée.

L’intrigue, à proprement parler, transporte en revanche un peu moins. Plus classique, même si la révélation au coeur du récit vaut son pesant de réflexions métaphysiques, la partie thriller se montre finalement assez convenue et un brin manichéenne. Quand au final, il laisse un peu perplexe et ressemble – sans vouloir “spoiler” – au happy end rajouté à la fin de Blade Runner avant le director’s cut.

Un pari à moitié réussi donc, mais un Paris de 2119 joliment incarné.

Categories
Bulles Picardes humour Les albums à ne pas rater

L’humour libre des contes saumâtres résiste au temps

Contes saumâtres, Yann & Co. Editions Dupuis, 52 pages, 14,50 euros.

Il était une fois “Humour libre”, extrapolation éphémère de la prestigieuse collection Aire libre, chez Dupuis, où trouvèrent place cette série de “contes”, voilà vingt ans.
On y retrouve une princesse aux concombres se languissant de trouver un prince jusqu’à ce que le “Prince Eric” ne vienne lui révéler enfin le secret de l’usage du légume, sur lequel s’était épuisé en vain les autres prétendants… On y découvre l’amour éternel et malheureux d’un inébranlable soldat “bleu” de la Guerre de sécession, insensible aux balles qui lui criblent la peau. On croise une sirène proscrite car elle n’avait pas de queue, un pauvre petit phoque moche, une gardienne de cochons à l’ombre plus que récalcitrante ou encore une femme fatale aux peintres parisiens au début du XXe siècle, bien décidée à faire son beurre pour sa grand-mère. Sans oublier une version tarantinesque et féminine de Barbe-Bleue. Et cet ouvrage offre aussi l’occasion de mieux connaître la vie de Charles Perrault ou d’Andersen.

Mieux que de simples parodies, ces histoires-là relèvent de l’exercice de style remixant joyeusement – et souvent avec finesse – les références picturales, littéraires ou cinématographiques. Barbe-Bleue est revisité façon Reservoir Dogs, le Petit Chaperon rouge s’impose auprès de Modigliani, Foujita ou Picasso, le petit soldat de plomb d’Andersen devient de chair (criblé de plomb) dans l’Ouest américain de la Guerre de sécession. Au plaisir pris par ce passage au mixeur des contes de notre enfance par l’humour narquois et sarcastique de “l’innomable” Yann s’ajoute un casting époustouflant.
Car dans le “& Co” qui illustre ces historiettes, on retrouve, au fil des pages, Juillard, Boucq, Wendling, Bodard, Clarke, Rossi, Dupuy et Berberian, Hermann et même Zep. Chacun apportant une part de son univers au récit.

Comme tous les bons contes, ceux-ci n’ont pas vieillis. Ils se dégustent avec plaisir et une forme de recueillement. Car, ainsi réunis dans un même album, sorti dans le cadre de l’anniversaire des 30 ans d’Aire libre, ces Contes saumâtres deviennent aussi un recueil de la fine fleur de la bande dessinée de ces années-là. 

Categories
expositions Festivals & salons Les manifs à voir et à venir Media C+

Zep en ses mondes à Amiens

Parmi les expositions principales de ces 23e Rendez-vous de la bande dessinée, celle de Zep d’impose. Avec Titeuf, bien sûr, mais pas que…

Les Rendez-vous de la bande dessinée d’Amiens déménagent (c’est de saison). Du Pôle Cathédrale de l’université Jules-Verne, ils vont à la Halle Freyssinet, derrière la gare SNCF. Et il fallait une tête d’affiche pour marquer ce passage de l’ombre de la cathédrale à celle de la Tour Perret. Avec Zep comme invité d’honneur de cette 23e édition, l’objectif est largement atteint. Son personnage fétiche, Titeuf – présent sur l’affiche épurée réalisée pour l’occasion par l’auteur suisse – est en effet largement connu au-delà du monde des amateurs de bande dessinée.

Une des dernières occasions de voir zep en festival

Zep, un auteur qui “pez” dans le monde du 9e art.

La venue de Zep ce week-end est même un double événement. En effet, Zep ou plutôt Philippe Chappuis, de son nom de naissance, a décidé de se faire plus rare en festivals. Amiens pourrait donc être l’une des dernières occasions de le rencontrer avant longtemps. Durant ces deux journées picardes, on pourra le faire de manière singulière à travers une « interview dessinée » – nouveau format lancé sur le festival – et lors d’une déambulation dans son exposition.

Celle-ci s’appuyant sur les fameuses “vagues” est scénographiquement sobre, alternant originaux et tirages grands formats (par exemple des strips). Mais les concepteurs de l’association On a marché sur la bulle se sont amusés néanmoins à construire une belle statue “Pez” (les fameux bonbons avec leur tête à bascule des années 70) à l’effigie de Zep. Une “oeuvre” digne d’entrer dans un musée de la BD.

Une exposition rétrospective consacrée donc aux « Mondes merveilleux de Zep ». Des mondes au pluriel, Car l’idée est de faire découvrir les différentes facettes de l’auteur suisse, au-delà de Titeuf. Celui-ci n’est pas oublié, tant il demeure associé à l’image et à la carrière de son créateur. Apparu un peu par inadvertance en 1992 sur un croquis, ayant fait ses premiers pas dans un fanzine avant d’être remarqué par les éditions Glénat. Début d’une fantastique aventure, ayant séduit désormais plusieurs générations d’enfants (et d’adultes) et démultiplié par l’effet Tchô ! (le magazine a aussi droit à une expo à Amiens cette année).

Avec Titeuf… mais pas seulement

On retrouve donc Titeuf dans cette expo, au sein de l’espace sur « Zep, un grand enfant ». Mais autour, huit autres espaces permettent de mettre en lumière ses autres productions

Tout d’abord, un aspect autobiographique ou l’auteur se livre. Dans ce sillage, un second espace évoquera ses carnets de voyage, un troisième ses influences et références dans la bande dessinée. Autre partie de son œuvre, son « œil aiguisé sur le monde », qu’il dévoile dans son blog What a wonderful World, sur le site du journal Le Monde, mêlant réflexions personnelles et considérations plus politiques sur la marche de la planète.

L’univers musical est aussi évoqué (Philippe Chappuis est devenu « Zep » en hommage clin d’œil au groupe de rock Led Zeppelin, ne l’oublions pas). Musicien lui-même, il a notamment dévoilé cette passion dans son album Découpé en tranches et dans de nombreuses pochettes de CD. Cet engouement est aussi présent dans son premier roman graphique, Une histoire d’hommes (éd. Rue de Sèvres) en 2013, contant sur le mode intimiste les retrouvailles difficiles des membres d’un groupe de rock.

Cette veine plus réaliste vient illustrer le risque artistique pris par Zep, rompant avec le style habituel qui a fait son succès pour un trait plus classique et délicat. Le genre s’est enrichi avec Un bruit étrange et beau où un moine ayant fait vœu de solitude se retrouve contraint à retrouver la ville, œuvre plus contemplative et un brin moins convaincante que la précédente. Et tout récemment avec le plus réussi et marquant The End.

On notera encore – dès le début de l’expo – la présence d’un « espace sexe » (dans une pièce fermée par un drap noir… à découvrir avec une lampe frontale !), mettant en valeur son album Happy sex.

Enfin, s’il est reconnu par son dessin, Zep est aussi scénariste, par exemple avec Tebo sur la série Captain Biceps, Stan et Vince pour Chronokids ou encore pour la jolie série collective de SF Infinity 8. Confirmation que de la cour d’école de Titeuf à l’espace intersidéral, l’univers graphique de Zep est vaste !

Categories
Bulles Picardes événements BD Media C+ Rencontres

Zep: « On est une espèce qui a besoin qu’on lui raconte des histoires

Invité d’honneur des 23e Rendez-vous de la bande dessinée d’Amiens, qui se tiennent ce week-end, Zep, 50 ans, revient sur son parcours, le succès de Titeuf, son célèbre personnage à la mèche blonde et sa dernière BD, un thriller écologique.

Zep, connaissiez-vous les Rendez-vous de la BD d’Amiens avant d’accepter d’en faire l’affiche?
Oui, c’est un salon dont j’entends parler depuis des années. Il est très connu dans le métier.’est l’un des deux ou trois importants en France. L’association organisatrice est composée de gens passionnés qui font un travail sur la bande dessinée toute l’année. Je sais qu’avec le changement de lieu, les expositions dureront plus longtemps et ça, c’est appréciable.

On va beaucoup parler de Titeuf ce week-end, êtes-vous encore surpris par sa cote de popularité, vingt-six ans après sa naissance?
Oui, c’est toujours aussi génial. J’en suis reconnaissant aux lecteurs. Les albums de Titeuf sont transgénérationnels, ils peuvent passer de parents à enfants et même quelques fois de grands-parents à petits-enfants. J’ai créé Titeuf pour aborder, d’une autre manière, des sujets de société un peu casse-gueule. Par le biais d’un gag, c’est toujours plus facile de parler de racket, de problèmes scolaires, de racisme, de questions autour de la scolarité. Le succès de Titeuf s’est beaucoup propagé grâce à ça.

Croisez-vous des parents qui vous remercient ?
Oui souvent. Ce qui est assez touchant, ce sont les jeunes parents qui me disent qu’ils ont grandi avec Titeuf. Ils l’ont lu à 10 ans et maintenant ils en ont 30. Ça me procure beaucoup d’émotions.

J’étais un enfant assez rêveur

Quel type d’enfant étiez-vous ?
J’étais un enfant dans la lune, assez rêveur. J’imaginais plus de choses que je n’en faisais. Je pensais à beaucoup de bêtises mais je ne les faisais pas. J’étais plus timoré que Titeuf et aujourd’hui je l’utilise crapuleusement pour faire ce que je n’osais pas (rires).

Vous auriez rêvé avoir la même vie que Titeuf ?
Pas forcément. Il faut avouer qu’il s’en prend plein la gueule ! Je ne suis pas sûr que beaucoup d’enfants en rêvent. En fait Titeuf, agit plus comme une forme de paratonnerre car il fait des choses qu’on aimerait faire mais qui risquent de mal tourner. C’est aussi ça le rôle des personnages de fiction, de nous permettre de connaître des aventures que, par bonheur, on n’a pas besoin de vivre en vrai.

Vous n’avez jamais rencontré d’enfants qui lui ressemblent ?
Certains. Notamment des enfants curieux et plein d’imagination !

Vous avez toujours voulu faire de la BD ?
Oui, j’en lisais beaucoup, comme dans mon entourage. Mes parents, mes tantes, mes grands-mères. La BD faisait partie de la culture familiale. Souvent autour du rire. Franquin, Morris, Uderzo, Gotlib… On se marrait beaucoup avec mon père. Le fait de le voir rire grâce à une bande dessinée achetée par moi me rendait fier. Car d’une certaine manière, c’était moi qui l’emmenais dans mon monde.

J’avais envie de faire du sexe quelque chose de rigolo

Comme l’humour, le sexe et l’érotisme sont assez présents dans votre œuvre…
J’ai grandi dans les années 1970 où soufflait un vent de libération sexuelle très fort. J’étais un enfant mais je percevais que ce sujet était épanouissant, rendait les gens heureux. Quand l’âge est arrivé pour moi d’avoir des rapports sexuels, l’ambiance a totalement changé avec l’apparition du sida. Les sujets liés au sexe sont devenus anxiogènes avec la prévention, la mort… Il me semblait intéressant de relayer ces questions qui peuvent nous inquiéter et nous mettre dans des culs-de-sac. Surtout quand on a l’âge de Titeuf. J’avais envie de faire du sexe quelque chose de rigolo, de ludique.

Comme Bécassine bientôt, le cinéma emprunte beaucoup à la bande dessinée ces derniers temps, qu’en pensez-vous ?
Qu’il y ait des adaptations de mon travail en dessin animé ou en film, je trouve ça sympa. En ce moment, c’est la grande mode mais je préfère rester dans mon domaine. Et puis, une bonne BD ne fera pas nécessairement un bon film.

Quel acteur verriez-vous pour jouer Titeuf ?
Gérard Depardieu! (rires) Il peut tout faire, tout jouer.

Avec The end sorti en avril, vous abordez l’écologie à travers un one-shot en style réaliste. Ce thriller est-il une mise en garde environnemental ?
J’ai cinq enfants, donc forcément l’avenir de notre planète, de l’humain m’intéresse. Surtout quand on aime les histoires comme moi. Aujourd’hui, on découvre de nouvelles choses autour de l’intelligence des arbres. Ils communiquent entre eux, ont le pouvoir de se transformer. On est en train de découvrir qu’on n’est peut-être pas l’espèce la plus intelligente sur terre. Cela change la vision de notre place sur terre. Je crois que l’humanité arrive à la fin de quelque chose, d’une idée, et que l’on doit commencer à plus considérer les espèces qui étaient là avant nous. En pensant «partenariats», sans se dire que la terre est uniquement la planète des hommes.

Une bande dessinée comme la vôtre vaut mieux qu’un ou mille discours politiques ?
Je le pense, très humblement. Si on écoute les informations toute la journée, on sera brillamment informé mais est-ce que ça touchera notre conscience? Je ne crois pas. On est une espèce qui a besoin que l’on nous raconte des histoires.

Interview dessinée de Zep, samedi 2 juin à 14h30.
Rencontre avec l’auteur dans l’expo «Les mondes de Zep», samedi 2 juin à 17 heures.
Categories
Bulles Picardes Les albums à ne pas rater thrillers

Zep réussit son retour à la Terre

The End, Zep. Editions Rue de Sèvres, 88 pages, 19 euros.

Après un dernier album de Titeuf, Zep se met au vert chez Rue de Sèvres, avec un nouveau one-shot “réaliste”. Et même flippant.
Tout commence pourtant de façon bucolique. Des promeneurs se baladent dans une forêt des Pyrénées espagnoles lorsqu’ils s’effondrent brusquement, sans raison apparente.
Plus au nord, dans la réserve naturelle de Dokslä, en Suède, Théodore Atem débute son stage dans l’équipe du professeur Frawley. Fan absolu des Doors, dont il écoute le premier disque en boucle, Frawley est aussi un chercheur contesté depuis qu’il tente de démontrer que les arbres possèdent les secrets de la terre dans leur ADN et qu’ils communiquent entre eux d’une manière bien plus complexe qu’on pouvait le croire.
Bientôt, des phénomènes troublants vont apparaître à Dokslä: les animaux ont un comportement inhabituel, des champignons toxiques se multiplient. Des bouleversements liés aux activités de l’usine Pharmacorp qui jouxte la réserve ? Avec l’aide de Moon, l’assistante du professeur, Théodore – au passé d’écolo radical – va s’efforcer de découvrir l’origine du problème. Mais celui-ci pourrait bien être d’un tout autre niveau et n’être que le prélude à un drame de dimension planétaire…

En matière de confrontations entre les hommes et les arbres, on a déjà eu droit à Phénomènes de M.Night Shyamalan sur grand écran ou, plus ancien mais bien plus traumatisant, au roman Génocides de Thomas Disch. Zep s’inscrit ici dans cette même veine apocalypto-écologique, renvoyant l’homme à sa modeste condition d’hôte précaire de sa planète. Surtout s’il devient par trop encombrant et irresponsable.

Le père de Titeuf confie avoir eu l’idée de cette histoire après une discussion avec son fils, qui lui avait raconté une histoire d’antilopes koudous, mystérieusement mortes au Transvaal, où elles proliféraient, apparemment tuées par des acacias qui avaient modifié leur tanin pour en faire un poison mortel. De quoi crédibiliser une intrigue qui pourrait sembler un peu trop barrée New Age ? En tout cas, il parvient à lui insuffler une vraie atmosphère prenante et angoissante. Surtout dans sa première partie.

Graphiquement, l’album s’inscrit donc dans la belle veine réaliste initiée par Une histoire d’hommes. Toujours dans un traitement en bichromie qui suit les différentes variations du récit.
Les personnages sont certes ici un peu stéréotypés, mais surtout bien campés et attachants. Et la passion du professeur Frawley pour Les Doors – notamment pour leur titre The End – offre un double sens forcément approprié à l’album.

Un retour à la Terre réussi pour Zep, qui passe au vert et monte dans les arbre avec ce récit-catastrophe beau et convaincant.

Categories
Bulles Picardes Festivals & salons Les manifs à voir et à venir

Les Rendez-vous de la BD d’Amiens en marche vers un nouvel horizon

Les 23e Rendez-vous de la bande dessinée d’Amiens, début juin, seront la première édition à se dérouler dans la halle Freyssinet (ex-SNCF) réhabilitée. Occasion d’une nouvelle étape et d’un parrain prestigieux: Zep. Premiers aperçus des réjouissances à venir.

Ce sont deux grands noms de la bande dessinée qui vont accompagner cette nouvelle étape des Rendez-vous de la bande dessinée d’Amiens: Marc-Antoine Mathieu (dont l’atelier Lucie Lom a planché sur la scénographie de l’espace) et Zep (qui a conçu l’affiche de l’année). De quoi se mettre en bonnes conditions pour lancer l’opération, ce jeudi matin dans les nouveaux futurs locaux de l’édition 2018 : l’ex-halle SNCF à côté de la gare. Une vaste arche de béton qui devrait, d’ici deux mois, héberger l’ensemble des expos et dédicaces durant le week-end des 1er et 2 juin, avant d’être promise à un destin plus pérenne, ainsi que mon confrère Bakhti Zouad le raconte dans le Courrier picard.

Zep et Zidrou à l’honneur

En plus de l’affiche, Zep s’est aussi amusé à réinterpréter (jolie réalisation graphique) le labyrinthe de la cathédrale d’Amiens

Aucun des deux auteurs (et scénographe) n’était présent, mais l’affiche a été – enfin – dévoilée. Un visuel épuré, avec ce Titeuf l’air plutôt satisfait, essaimant ses albums à l’ombre des flèches de la cathédrale. Sobre, claire et sans nulle doute parlante, avec la mise en avant d’un des héros les plus connus de la BD franco-belge. Mais un peu trompeuse – ou réductrice – néanmoins. Si Zep fera l’objet d’une des grandes expos du festival 2018, celle-ci ne sera pas uniquement consacrée à Titeuf, mais aussi à ses autres albums, plus adultes. Et le dessinateur suisse ne viendra pas non plus tout seul, puisque une expo rétrospective (coproduite avec le festival de Delemont et Lyon BD) retracera les 20 ans de Tchô, le magazine jeunesse lancé par Zep (et arrêté en 2013) et qui a vu émerger une nouvelle génération d’auteurs et un nouveau ton dans la presse jeunesse.

Second temps fort de ces 23e Rendez-vous, un coup de chapeau à un scénariste. Le Belge Zidrou sera à l’honneur. Un honneur bien mérité pour un auteur qui s’est fait un nom dans la bande dessinée jeunesse avec l’élève Ducobu, bien sûr, mais qui révèle ces dernières années, une palette très riche, subtile et pleine d’humanité. Impossible de noter ici tous ses superbes albums. On se contentera donc d’évoquer quelques uns des plus récents, comme le conte des Trois fruits, L’adoption, l’Indivision, Le beau voyage, le très émouvant Pendant que le roi de Prusse faisait la guerre, qui donc lui reprisait ses chaussettes ?  dans une autre veine encore Shi. Cette expo rétrospective devrait permettre, en tout cas de se remémorer tout ça.

Autres zoom sur des séries et des auteurs avec un expos sur le travail de Peyraud et Lapone dans La fleur dans l’atelier de Mondrian, ed.Glénat) ou, côté jeunesse la belle saga de Bjorn le Morphir (éditions Rue de Sèvres).

Des vaisseaux spatiaux à ceux des pirates

Autre univers encore avec “Les vaisseaux spatiaux dans la BD Franco-belge”, réalisée en lien avec l’Eurocon SF, évocation à travers l’oeuvre de Denis Bajram (que l’on retrouvera aussi dans l’expo concoctée par la bibliothèque Louis-Aragon autour d’Universal War One et Universal War Two), mais aussi de Valérian, Aldébaran ou Lupus.
Dans un autre “genre”, ce sont d’autres vaisseaux que l’on pourra admirer avec le “coup de projecteur” donné à l’étonnant diptyque de La fille maudite du capitaine pirate, de Jeremy Bastian (ed. de la Cerise) et, pour les moussaillons, une expo interractive avec la turbulente Lili Crochette de Chamblain et Supiot.

L’actualité de la Revue et les Traces de l’histoire de la Grande Guerre

L’arche de béton de la Halle Freyssinet, à l’état encore “brut” pour l’heure.

Deux autres rendez-vous encore à pointer pour ce premier zoom anticipé. Tout d’abord un autre coup de projecteur donné par le festival à la Revue dessinée, à travers ses couvertures emblématiques. Et enfin, on pourra voir en avant-première six histoires courtes parmi les dix-huit à paraître en octobre dans le recueil Traces de la Grande Guerre, réalisé par les éditions de la Gouttière. Et celles-ci seront visibles dès le 25 mai, au Centre d’interprétation de l’architecture et du patrimoine (en clair, au-dessus de l’Office de tourisme, juste à côté de la Cathédrale). Occasion, aussi, de rappeler que si le festival se transporte dans la Halle Freyssinet, il conservera sa présence “hors les murs” dans différents lieux de la ville, du zoo (avec Philippine Lomar) jusqu’à la Maison de la Culture (expo collective de dessins d’étudiants du DU bande dessinée de l’UPJV sur les spectacles de la saison) et toujours dans les locaux de l’université, avec une extension des “univers de Zep” à la bibliothèque universitaire – qui accueillait le coeur du festival les années passées – et un colloque scientifique sur “l’édifice dans les cases, le décor monumental en bande dessinée” (organisé par l’UPJV et l’université Bordeaux-Montaigne). Une thématique dans le ton de l’année.

Rendez-vous donc les 2 et 3 juin à la Halle Freyssinet. Et, d’ici là, rendez-vous ici pour d’autres infos.

Trois des chevilles ouvrières d’On a marché sur la bulle: Lisa Retoux (chargée de mission festival), Pascal Mériaux (directeur) et Céline Goubet (directrice adjointe, en charge du service éducatif et des journées des scolaires)
Categories
humour jeunesse Les albums à ne pas rater

Titeuf, toujours bien de son temps

Titeuf, tome 15: à fond le slip ! Zep. Editions Glénat, coll. Tchô ! la collec…, 48 pages, 10,50 euros.

Titeuf est de retour. Tel qu’en lui-même. Côté filles, la situation s’est complexifiée entre sa chère Nadia et désormais Ramatou, la jeune réfugiée avec qui c’est pô facile non plus d’avouer ses sentiments. Pour le reste, il tente de s’en sortir à l’école, de composer avec ses parents et de s’y retrouver dans un monde de plus en plus déconcertant, entre les “terroristes”, les pédophiles qui se cachent derrière des tutoriels d’aide en maths sur Internet, les complotistes illuminati, les manifestants IVGétariens et ceux contre les déchets nucléaires “qui puent du slip comme les couches de Zizie“, sa petite soeur. Et maintenant, il faut aussi s’adapter aux nouvelles technologies, aux applis aux effets secondaires parfois très “frappants”…

Categories
humour Les albums à ne pas rater science-Fiction

Infinity 8 prend du volume

Infinity 8, Lewis Trondheim, Zep (scénario). Editions Rue de Sèvres, 96 pages. 17 euros. Parution le 25 janvier.
Tome 1: Romance et macchabées, Dominique Bertail (dessin)
Tome 2: Retour vers le Fuhrer, Olivier Vatine (dessin).

Trois mois après leur parution en 6 fascicules souples, les deux premiers “reboots” de l’Infinity 8 paraissent en albums complets, tout en conservant un format proches du comics.
Réunis en histoires complètes, les récits n’ont pas changé. Le vaisseau intergalactique Inifinity 8 se voit immobilisé par un immense amas d’artefacts, une nécropole stellaire qui lui bloque le passage. Pour en savoir plus, le capitaine du vaisseau, qui a la capacité de pouvoir explorer l’avenir à travers huit boucles temporelles successives déclenche la procédure. La première mission va confronter l’agent Yoko Keren à des nécrophages aux pulsions dangereuses. La seconde mission, confiée à l’agent Stella Moonkicker est encore plus folle, avec la réapparition de la tête d’Hitler et sa volonté de réaliser, une fois de plus un nouveau reich…